Antonella Baccaro (photo de Carlo Furgeri Gilbert).
tuna des images que j’ai utilisées le plus souvent, écrivant une chronique sur les célibataires pendant des années pour Corriere della Seraest celui de l’Arche de Noé.
Un seul, j’ai toujours raisonné, est celui qui reste au sol quand éclate le déluge universelquand tous les couples se donnent la main et se sauvent.
En réalité, avec cette image, je ne voulais pas représenter ce qui se passerait en cas de catastrophe, mais plutôt ce qui arrive aux célibataires au quotidien. Il y a toute une série de situations dans lesquelles, si vous êtes comme ça, “vous ne montez pas à bord”.
Un exemple? S’il y a un dîner entre couples, vous n’êtes pas là. Et, si vous êtes invité avec d’autres célibataires, vous vous retrouverez peut-être à une table spéciale pour célibataires. Si vous êtes célibataire, vous n’avez pas droit aux déductions, abattements car ce que vous gagnez, vous ne le partagez avec personne. Sans penser que même les dépenses fixes sont partagées avec quelqu’un, et ainsi de suite.
Ayant raisonné ainsi, Je n’aurais jamais imaginé devoir rafraîchir la métaphore de l’Arche dans une situation plus proche de la biblique : non pas une inondation mais une pandémie.
Ma question il y a deux ans, quand tout a commencé, était : “Et maintenant, comment on s’entend, les célibataires ?”. L’obligation de s’enfermer chez soi a tout de suite marqué une ligne de partage entre ceux qui, comme moi, auraient dû le faire seuls et ceux qui, au contraire, au moins en couple.
Et l’hypothèse de tomber gravement malade en avait immédiatement créé une autre entre ceux qui, comme moi, devraient trouver quelqu’un qui le surveillerait dans un éventuel service de réanimation et ceux qui l’auraient eu sans effort.
L’image d’une arche de Noé naviguant sans nous célibataires était devenue réalité. Mais aujourd’hui, nous sommes ici, à la queue (espérons-le) de cette tragédie. L’arche de Noé se vide et tous les couples ne descendent pas par la main. Ça arrive.
A l’inverse, de nombreux célibataires qui ont affronté les flots en se maintenant à flot, comme Rose dans Titanesque, attachés au même radeau et s’enhardissant, ils ont une nouvelle conscience. Qui n’est pas celui pour qui “être en couple n’en vaut pas la peine”, mais plutôt celui “Être célibataire ne veut pas forcément dire être seul”.
Je l’ai écrit il y a dix ans comme un pari. Aujourd’hui, l’ayant expérimenté sur la peau, je peux le confirmer. Avec un sourire.
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