C’est la semaine des élections et moi, comme tous les autres citoyens obéissants, civilisés et engagés de ce pays, je suis en train de vivre mon rituel électoral. Je réponds docilement à toutes les questions du guide électoral, traverse une douzaine de dilemmes très complexes sur les questions de transport, les questions énergétiques, le logement, la politique de l’eau en quelques minutes. Une coche rouge apparaît alors sur un graphique avec un axe des abscisses et un axe des ordonnées : gauche/droite et progressif/conservatif.
Quand on regarde ce paysage de fête, il y a deux pensées récurrentes. Tout d’abord, quelle belle ligne. Un rêve d’issue s’il s’agissait d’une expérience scientifique. Tous les partis aux Pays-Bas se déplacent nettement le long d’un axe étroit du haut à gauche (progressiste/gauche) au bas à droite (conservateur/droite). Seconde réflexion : pourquoi diable utiliser deux axes de plus alors qu’un seul suffira ?
Prochaine étape de ce rituel électoral : je prends note du résultat puis, traditionnellement, je ne vote pas pour le parti le plus proche de moi en termes de contenu. C’est Penser. Ou plus de 50. Et je ne vote pas pour Denk ou 50plus. Il doit y avoir les politiciens les plus gentils qui ont les meilleurs intérêts du monde à portée de main, mais ce n’est pas ma bulle et je ne participe pas à l’éclatement de la politique de boutique des intérêts des sous-groupes hyper-individuels.
J’ai d’ailleurs été charmé par le BoerBurgerBeweging (BBB). Si vous ignorez le battage médiatique pendant un instant, vous devez conclure que Caroline van der Plas a réalisé quelque chose d’admirable. Elle reçoit des soutiens dans tout le pays, fait salle comble à Eemnes, mais prend tout aussi bien des selfies avec des passionnés au marché de Spijkenisse. Elle fait une impression convaincante, ne glisse presque jamais, est cultivée, intelligente et aussi extrêmement folklorique. Suivant les traces de Hans Spekman et Fred Teeven, elle apporte enfin un peu de diversité à La Haye ultra-instruite.
Le journal la suit de près, afin de la surprendre dans des inexactitudes ou une radicalisation et se prépare à magnifier l’association la plus farfelue. Comme Tom-Jan Meeus l’a écrit dans un article de CNRC (Comment Caroline van der Plas s’empêche-t-elle de devenir un autre fiasco de droite ? 07/02/2022) : “Les aperçus ont montré que les personnes qui aiment ses tweets aiment aussi souvent les tweets de personnes comme Raisa Blommestijn, Thierry Baudet et Joost Niemöller.” Meeus ne mentionne pas qu’il est désormais assez difficile sur Twitter de ne pas obtenir de likes d’extrémistes.
Mais jusqu’à présent, la recherche n’a pas donné plus que cela. Van der Plas semble tout à fait immunisée contre les éléments radicaux de ses partisans qui l’attirent. Je me souviens surtout d’un épisode avec la députée Sylvana Simons (BIJ1), qui a réussi à convaincre Caroline van der Plas avec son histoire familiale de soutenir les excuses pour le passé esclavagiste. Un tel revirement public montre du caractère, en particulier pour un politicien relativement nouveau qui représente un groupe peu intéressé par le passé esclavagiste. Cela donne une certaine confiance qu’elle fera également preuve d’humanité après les élections pour s’en tenir aux principes et en même temps faire des compromis avec ceux qui pensent différemment. Alors faites confiance à Caroline. Chaque vote qu’elle parvient à arracher à la droite radicalisée est un gain pour les Pays-Bas.
Et pourtant, je ne vote pas pour BBB non plus. Comme je l’ai dit : je ne fais pas d’innovation politique. De plus, le risque de problèmes de démarrage et de distractions est grandeur nature. J’ai confiance en Van der Plas, mais les administrateurs de BBB doivent d’abord faire leurs preuves.
Ma préférence va actuellement à un parti où l’inverse s’applique : au CDA, je n’ai presque aucune confiance dans la direction nationale, des consultants fanés comme Wopke Hoekstra aux gens avec une boussole morale fragile comme Hugo de Jonge. Mais dans la périphérie, les communes, les provinces et les offices des eaux, il y a encore beaucoup de solidité administrative que j’aurais aimé trancher sur cette vingtaine de dilemmes compliqués. Je vais voter pour la zone de décroissance électorale de l’ancien établissement. Petite expérience.
Rosanne Hertzberger est microbiologiste.
Une version de cet article est également parue dans le journal du 11 mars 2023

