Il n’y aura pas moyen de sortir de la pandémie tant que les disques composés pendant le confinement continueront de sortir. C’est le cas de ‘7s’ d’Avey Tare. Le chanteur et compositeur principal d’Animal Collective, de son vrai nom David Portner, a maintenant sorti quatre albums solo, et ils ont tous plus ou moins porté leurs fruits. Il n’y en a eu aucun à considérer comme un classique, mais les mélodies de Portner, ainsi que ses paysages oniriques et surréalistes, restent très particuliers.

En quatre œuvres, Avey Tare peut dire qu’il a créé un univers sonore très personnel. Ses mélodies mélancoliques, ses sons électroniques marécageux, ses drones de guitare qui vous enveloppent d’une sorte de liquide amniotique auditif, bien sûr sa voix (et parfois ses cris à la manière de shouto)… ils ne ressemblent à rien de ce que vous avez déjà entendu. Il s’est surtout inspiré de son précédent album, ‘Vaches sur l’étang du sablier‘, un croisement entre country surréaliste et électronique, dans lequel il nous a livré sa meilleure chanson, ‘Saturdays (Again)’, un joyau de la pop américaine que le public continuera de découvrir.

‘7s’ est une autre œuvre introspective d’Avey Tare, mais l’esprit est joyeux et coloré, contrairement au disque précédent. Le morceau d’ouverture “Invisible Darlings” est ludique et enfantin (cet accord de piano), mais les paroles peuvent être interprétées comme un hommage aux médecins qui ont sauvé tant de vies pendant la pandémie. Dans ‘The Musical’, Portner regarde à l’intérieur et analyse sa propre carrière, se demandant comment quelqu’un peut consacrer sa vie à “faire des sons et les assembler”, comme il le fait dans cette chanson attachante qui nous arrive soumise à un tempo atypique, une autre marque de fabrique d’Avey Tare, évident dans le travail de son groupe central.

Au centre de gravité du disque on retrouve « Hey Bog », une odyssée de neuf minutes qui semble « un siècle », celle-là même que Portner a passé à « rêver ». Comme Rip Van Winkle, la chanson commence somnolente avec une intro ambiante… et petit à petit elle se réveille, nous plongeant dans son univers mystérieux. Les longues chansons d’Avey Tare sont un cadeau, et on peut en dire autant de ‘Sweeper’s Grin’, dans lequel le bourdonnement des guitares et des sons psychédéliques ouvre la porte à un souvenir d’enfance de Portner, pêchant avec son père. moment où il n’avait pas à se soucier d’avaler une pilule prescrite par son médecin : c’est ce que nous raconte ‘Neurons’.

Composé durant les mêmes sessions que ‘Time Skiffs’, le dernier album d’Animal Collective, ‘7s’ est une oeuvre ancrée dans deux mondes, la réalité et le rêve. La sensibilité de Portner, sa signature pleine de nostalgie et d’innocence, est toujours présente dans les chansons, qui cherchent toujours à s’étendre sur 7, 8 ou 9 minutes librement, sans précipitation. Les mélodies sont peut-être du chewing-gum, mais l’instrumentation ressemble aux guitares flottantes ou aux structures de drones de JJ Cale. Les chansons de ‘7s’ sont des nuages ​​de sucre qui, dès qu’on s’en approche, découvrent un monde contenu à l’intérieur.



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