Erik van Muiswinkel aime la langue plus que les règles, et cela se heurte parfois: par exemple lors du Groot Dictee der Nederlandse Taal (selon Van Muiswinkel “une torture nationale” des puristes de la langue railleuse). Il préfère voir le langage utilisé de manière créative. Lorsque Van Muiswinkel trouve huit fautes d’orthographe dans un poème de treize mots écrit par sa fille, il est ravi. Elle écrit parfaitement le néerlandais du XVIIIe siècle, conclut-il, elle doit donc être douée.
Moojen allongé dans les airs est une ode amoureuse aux virtuoses du langage de toutes sortes. Par exemple, Jeroen van Merwijk, décédé en 2021, qu’il cite généreusement, notamment en interprétant son beau pastiche de ‘Hallelujah’ de Leonard Cohen. Dans un bel acte où il place le mot ‘egg’ contre les échos français ‘œuf’ une chanson iconique de Toon Hermans. La différence est que Van Muiswinkel adore le mot néerlandais, tandis que Hermans rendait hommage à la langue française. Son point a été fait : la langue peut être faite à votre goût. Ce n’est pas une matière scolaire, mais un joli morceau d’argile : malléable et souple.
Malgré les nombreuses références affectueuses à d’autres passionnés de langues (Annie MG Schmidt, Ivo de Wijs, Mike Boddé), Van Muiswinkel est le plus fort lorsqu’il reste proche de lui-même. Avec un enthousiasme contagieux, il parle de ses considérations lors de la traduction de la comédie musicale Disney Aladdin pour l’animation scénique. La mesure dans laquelle la langue est sujette à l’évolution des tendances est frappante : lorsque l’équipe de lecture a lu une première version de sa traduction, il a été rejeté parce qu’un certain mot était considéré comme trop compliqué pour une comédie musicale familiale. Certains membres de l’équipe de lecture auraient même dû chercher le sens du mot, il a reçu les commentaires. Quel mot était-ce ? ‘Quarantaine.’ C’était début 2020.
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Petite originalité
Tout n’est pas fort : sa critique interminable du city marketing, par exemple, fait preuve de peu d’originalité. Nous savons déjà que des slogans tels que « Tilburg : vous êtes ici » ou « Van Hattem Bienvenue » sont ridicules dans leur non-sens. Dans la série de répliques qu’il emprunte à Pieter Bouwman, on voit bien l’admirateur en Van Muiswinkel, mais aussi l’oncle bien intentionné mais un peu ennuyeux qui cite trop longtemps les blagues des autres lors d’une fête d’anniversaire.
L’artiste de cabaret effleure aussi à peine le contexte politique de la langue. Il mentionne que certains mots ne sont plus à la mode (tout comme on ne se peint plus le visage en noir et qu’on se tient sur un bateau, ajoute-t-il), mais l’accent est mis avant tout sur les possibilités libératrices du langage. Il va moins dans le potentiel oppressant ou stigmatisant du langage, par exemple.
Van Muiswinkel a généreusement arrosé son programme d’intermèdes musicaux, assisté du pianiste Guus van Marwijk et du technicien-guitariste Paul Remmelts. En plus des conférences linguistiques, il y a aussi quelques pièces plus engagées sur la crise climatique, la politique et les Pays-Bas polarisés. Sympa pour changer, mais ils restent des traces lâches qui ne servent pas son histoire sur la langue.
Alors que les parallèles sont parfois au rendez-vous, par exemple lorsqu’il montre comment les contradictions peuvent parfois s’unir dans le langage : pensez à de beaux mots comme bas-alt, plein, lâche, plus-moins. Moojen allongé dans les airs est somme toute un festin de langage sympathique, mais inoffensif : une ode sympathique aux phrases tordues, aux erreurs et au langage impétueux qu’on ne peut apprivoiser.
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