Le dernier exemple sensationnel est celui du vote des motions concernant les communications au Parlement de la Première ministre Giorgia Meloni en vue du Conseil de l’UE des 15 et 16 décembre. Le document du M5 voulu par le dirigeant Giuseppe Conte accuse le gouvernement d’« acquiescement total aux indications de Washington » et demande de ne plus envoyer d’armes à l’Ukraine car les « enjeux cruciaux » sont différents : « La sécurité, à garantir à tous, et la protection des minorités russophones ».

Si la version moscovite est amplifiée en Italie par la télé et les fêtes

Bref, une version des faits, celle du leader 5 étoiles, similaire à celle du Kremlin, selon laquelle ce sont les Ukrainiens qui persécutent les Russes (les minorités russophones, en fait) forçant ainsi Moscou à intervenir dans leur la défense. La motion est restée isolée – sur les positions des M5, il n’y a, pour l’instant, que les “petits” membres de l’Alliance gauche-verte italienne, tandis que le Parti démocrate et le Troisième pôle ont voté avec la majorité pour continuer à soutenir la résistance ukrainienne – mais révélateur de la déclinaison persistante et inébranlable du pacifisme dans la version de l’anti-américanisme et de l’anti-atlantisme chez certains gauchistes. La gauche que Conte veut arracher au Parti démocrate. C’est aussi pour cette raison, il faut le dire au passage, que la question de la guerre en Ukraine a jusqu’à présent été absente du débat parlementaire des démocrates.

Le point sur le sentiment anti-américain dans le livre de Maran

Quant à savoir pourquoi l’Italie est le pays de l’axe atlantique et donc de l’Occident dans lequel la pénétration de la propagande russe (les “droits” de Poutine et les “torts” des Etats-Unis, à commencer par les “provocations” de l’Otan aux frontières avec la Russie, etc. .) est plus profond et envahissant, même à la télé, est traité par le beau livre d’Alessandro Maran (député de 2001 à 2018 sur les listes de la DS, du Parti démocrate et du Choix civique) intitulé Dans le miroir de l’Ukraine, une lettre à un ami sur la liberté et la paix, sur la place de l’Italie dans le monde et sur les Italiens (nouvelle dimension, pp 153, 16 euros). Écrit sous forme de lettre à mon ami Salvatore (un vrai ami de l’auteur : par contre, qui parmi nous n’a pas un ami qui depuis le 24 février dernier se soit lancé contre les États-Unis, comme s’ils étaient à guerre, défendant les « sacro-saintes raisons » de la Russie de Vladimir Poutine ?), le livre de Maran est un examen historique très utile et agile de l’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale, ordre qui, de Marshall à garanti à l’Europe 70 ans de paix, de la prospérité et l’expansion des droits civils et sociaux. Mais le cœur du livre est, selon nous, précisément le cas de l’Italie, où le premier ingrédient d’une soupe culturelle qui s’est stratifiée au fil des ans est identifié par Maran dans le préjugé anti-américain : « En Italie, comme nous le savons , il existe au moins trois courants anti-américains : de droite, de gauche et catholique ; en d’autres termes, il y a l’anti-américanisme comme nationalisme, comme anticapitalisme et comme protestation contre la modernité».

La soudure est le manque de la culture libérale

Le noyau profond de ces différents anti-américanismes n’en est pourtant qu’un : « l’extranéité ou la méfiance à l’égard de la démocratie libérale sous le signe de laquelle a pu se développer, luxuriante et irrépressible, la civilisation américaine des masses ». Mais c’est surtout à gauche, où les comptes rendus avec l’histoire ont été faits assez sommairement, que l’antiaméricanisme est encore aujourd’hui teinté d’idéologie. En revanche, c’est Barbara Spinelli qui a parlé d’« oubli négocié » et de « réminiscence revendiquée » pour décrire le vide substantiel de la pensée sur la signification historique de 1989 (une bonne partie des dirigeants du PCI acceptent par nécessité le Turn d’Achille Occhetto et non par conviction réelle : d’où la difficulté d’assumer le passé criminel des régimes communistes).

Les effets durables du “campisme” à gauche…

C’est la même forma mentis qui pendant la guerre froide a conduit les électeurs du PCI et des autres petits partis de gauche à embrasser le soi-disant campisme. « Autrefois, le campisme faisait référence au soi-disant ‘camp socialiste’ dirigé par l’URSS, ou la Chine, ou les deux – écrit Maran -. Le concept était assez simple et était lié, à sa manière, à la tradition révolutionnaire. D’un côté, l’impérialisme, américain bien sûr. De l’autre, les pays non capitalistes, pour beaucoup même “socialistes”, qui opposaient “objectivement”, à leur simple existence, le plein déploiement de l’agressivité impérialiste”. nostalgie “quand nous étions jeunes”, qui sait) dans cette vision du monde : ceux qui s’opposent à l’Amérique impérialiste ont toujours une raison.



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