Dans quelle mesure les humains laisseront-ils encore la terre se réchauffer ? Pas tout à fait par hasard, plusieurs rapports sont apparus cette semaine, avec des prévisions et des scénarios variés. La plupart étaient troublants, mais il y avait aussi un soupçon d’espoir timide.
La ligne rouge : tout est mis en œuvre pour ralentir le changement climatique, mais c’est encore loin d’être suffisant pour atteindre les accords de l’Accord de Paris sur le climat. L’objectif est de limiter le réchauffement à un maximum de 2°C, et de viser 1,5°C – la Terre s’est déjà réchauffée en moyenne de 1,1°C depuis la révolution industrielle.
Le moment de tous ces rapports n’est pas aléatoire. Le vingt-septième sommet sur le climat (COP27) des Nations unies se déroulera du 6 au 18 novembre à Charm-el-Cheikh, en Égypte. Les rapports qui paraissent maintenant augmentent la pression sur les chefs de gouvernement pour qu’ils en fassent plus.
Pour atteindre l’objectif de 1,5 °C, les émissions de gaz à effet de serre, tels que le dioxyde de carbone et le méthane, doivent être réduites à zéro d’ici 2050. Une tâche gigantesque. Mais pour le moment, ces émissions ne font qu’augmenter. Cela s’est reproduit en 2021, ainsi signalé l’Organisation météorologique mondiale ce mercredi. En fait, la concentration de méthane dans l’air a augmenté plus que toute autre année depuis le début des mesures il y a 40 ans. La cause n’est pas encore claire.
La question est de savoir s’il y a des pays qui annoncent des objectifs plus stricts à la COP27
Le PNUE, l’agence environnementale des Nations Unies, a conclu qu’« il n’y a pas de voie crédible » pour atteindre l’objectif de 1,5 °C. Dans son dernier Rapport sur les écarts d’émissions l’agence décrit-elle l’écart entre les politiques climatiques actuelles, les objectifs que les pays se sont fixés dans leurs « contributions nationales » (les Contributions déterminées au niveau national, CDN) et les objectifs de l’ONU de 1,5 et 2°C respectivement. Les perspectives se sont déjà beaucoup améliorées depuis 2015. À l’époque, il y avait encore un réchauffement désastreux de peut-être 4°C à la fin de ce siècle. La politique a entre-temps réduit cette prévision à environ 2,8 ° C. Mais c’est encore le signe avant-coureur de vagues de chaleur de plus en plus intenses, de sécheresses, d’averses, d’inondations, de pertes humaines et de dommages économiques majeurs. Si, en plus, toutes les CDN actuelles sont converties en politique, ce chiffre passera de 2,4 à 2,6.
Déception
Le PNUE avait espéré que les pays annonceraient de nouveaux NDC avec des objectifs plus stricts après le sommet il y a un an à Glasgow. Cela n’est guère arrivé. La déception coule du rapport.
La même déception monte aussi le rapport État de l’action climatique 2022, préparé par sept organisations, dont Climate Action Tracker et le World Resources Institute. Ce rapport cartographie également l’écart entre les objectifs de Paris et ce que font les pays, mais ventilé par secteurs tels que la production d’électricité, les bâtiments, les transports, l’industrie, l’alimentation et l’agriculture. Aucun secteur n’est sur la bonne voie. Certains secteurs évoluent dans la bonne direction à un rythme “prometteur, mais insuffisant” – comme la production d’énergie verte et les ventes de voitures électriques. D’autres secteurs sont “beaucoup en dessous” du rythme requis et certains secteurs vont même complètement dans la mauvaise direction.
Écart ‘requis’ et émissions réelles
Les nouvelles prudemment positives sont venues de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’invasion de l’Ukraine par la Russie représente un tournant sur le marché de l’énergie enregistre l’AIE être Perspectives énergétiques mondiales 2022. Les pays qui ont importé du pétrole ou du gaz russe accélèrent leur part d’énergie nucléaire ou d’énergie éolienne et solaire en réponse à l’invasion. L’AIE présente maintenant pour la première fois un scénario, basé sur des politiques permanentes, dans lequel la demande mondiale de pétrole, de charbon et de gaz culmine puis décline. L’utilisation du charbon diminuera déjà dans les années à venir, celle du gaz naturel atteindra son apogée à la fin de cette décennie, et celle du pétrole vers le milieu des années 1930, estime l’AIE. Cependant, l’agence arrive aussi à la conclusion que ce développement est largement insuffisant pour atteindre les objectifs de Paris. Cela équivaut à un réchauffement d’environ 2,5°C à la fin de ce siècle.
La question est de savoir si certains pays annonceront des objectifs plus stricts lors du prochain sommet sur le climat à Charm el-Cheikh. Le sujet n’est pas à l’ordre du jour de cette réunion. Cependant, il s’agira de financer, entre autres : combien les pays développés, qui ont causé le problème climatique, sont-ils prêts à payer les pays les plus pauvres pour s’adapter au réchauffement climatique. La question s’est posée en octobre dernier, lorsque le Pakistan a exigé une indemnisation de l’Occident pour environ 40 milliards de dollars de dommages causés par les inondations.
Une version de cet article est également parue dans le journal du 29 octobre 2022

