Il décède à l’âge de 79 ans à son domicile, accablé par diverses pathologies. C’était un personnage aux multiples facettes : combattant, sénateur, diplomate et il s’est également converti à l’islam. Mais surtout il fut l’un des grands pères du monde du catch
Au-delà de la diversité immédiate des symboles élégants et de la multitude des alphabets, le trait le plus fascinant de la langue japonaise est probablement l’intraduisibilité qui caractérise de nombreux mots. Plusieurs concepts se rejoignent en un point de rencontre au niveau sémantique, lexical, voire philosophique, de sorte qu’une association automatique et synthétique est impossible. Une description qui pourrait dépeindre ce qu’était Antonio Inoki : lutteur et sénateur, diplomate et adversaire de Tiger Man, japonais et brésilien, musulman et bouddhiste, combattant et messager de la paix, de Muhammad Ali et de Saddam Hussein, de la Corée du Nord et de l’Amérique. Des nuances de couleurs qui s’assemblent sans se mélanger. Il est décédé ces dernières heures à son domicile, à l’âge de 79 ans, accablé par diverses maladies comme le diabète et l’amylose qui tourmentaient un corps déjà exposé depuis des décennies à des traumatismes en tout genre. De plus, des problèmes de colonne vertébrale l’avaient contraint à se déplacer en fauteuil roulant pendant un an et à nouveau en 2021, il avait risqué sa vie en raison d’une torsion intestinale.
Origines du mythe
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Kanji Inoki est né en enfer. Voilà à quoi ressemblait Yokohama en 1943, déchirée par le grand tremblement de terre du Kanto vingt ans plus tôt et visée, sans avoir le temps de se relever, par les bombes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce temps, le Tokko, la police de la pensée, ne laissait aucune issue à tous ceux qui s’opposaient au conflit. La fin des hostilités aurait dû lui permettre de grandir sereinement, mais à l’âge de cinq ans son père Sajiro meurt subitement d’une crise cardiaque. Il s’installe au Brésil avec le reste de sa famille et peu avant l’âge de la majorité, après s’être distingué dans le karaté, il s’intéresse à la lutte. Admirez Rikidozan, considéré à toutes fins utiles comme le père du puroresu – terme utilisé pour identifier la discipline au Japon -, et Antonino Rocca (Biasetton à l’état civil), un lutteur italien à qui il volera son nom de scène et qui faire fortune aux États-Unis. Rikidozan va le prendre sous son aile, Inoki mûrit bientôt l’idée de proposer quelque chose de différent. Après une première tentative ratée, il fonde la New Japan Pro-Wrestling, qui reste l’une des principales fédérations au monde. Il veut se voir accorder un statut important dans la connaissance des arts martiaux, alors il commence à défier des champions de différents sports de combat, remportant la plupart des combats. De tous, bien sûr, celui contre Muhammad Ali se démarque.
La guerre des mondes
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L’idée est née presque par hasard. En 1975, Ali rencontre Ichiro Hatta, président de l’Association japonaise de lutte amateur. Il lui lance un défi, plus ludique que sérieux : “Je donne un million de dollars au combattant oriental qui me battra”. La tempête médiatique qui s’ensuit est bien au-delà des espérances, Inoki accepte le défi et un peu plus d’un an plus tard, le 26 juin 1976, le Nippon Budokan à Tokyo ouvre ses portes à ce qu’on appelle “La Guerre des Mondes”, considérée par beaucoup le moment qui a marqué la naissance des arts martiaux mixtes. Dans les différentes phases promotionnelles, les deux se provoquent comme à leur habitude. Les tons d’Ali sont moqueurs, il lui donne un pélican pour la forme accentuée du menton. Celles du japonais sont beaucoup plus menaçantes, il lui donne une béquille lui faisant comprendre qu’il va être sérieux. Malgré les pressions et les recommandations de l’entourage, même les intentions du boxeur sont là, il n’est pas question de suivre un scénario mais il doit y avoir des règles particulières. Inoki se couche au sol et le frappe 107 fois dans les jambes, Ali parvient à décrocher six coups de poing en quinze rounds : ça se terminera par un match nul. Il sera contraint à un traitement hospitalier pendant plusieurs semaines pour éviter les complications de caillots et de plaies infectées causées par les nombreux accidents vasculaires cérébraux. Un aspect qui, d’une part, renforce le mythe d’Inoki, d’autre part crée une amitié indissoluble, renforcée par la lutte contre les discriminations que tous deux ont prônée.
Hors du ring
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Il y a beaucoup d’autres matchs mémorables, de la victoire sur Andre The Giant à la défaite (avec blessure) contre Hulk Hogan, des coups sous lesquels The Great Antonio s’est effondré dans un défi surréaliste jusqu’à la rencontre avec Ric Flair, dans le plus suivi de l’événement de catch jamais vu avec 190 000 spectateurs, à Pyongyang en 1995. La retraite aura lieu trois ans plus tard, Ali sera présent à la cérémonie. Entre 1989 et 1995 il deviendra sénateur, étant élu avec le Parti Sports et Paix, dont il est lui-même le fondateur. C’est à cette période que lors d’un voyage en Irak il se convertit à l’islam chiite, changeant alors son nom en Muhammad Hussain Inoki mais se définissant aussi comme bouddhiste. Après la parenthèse politique, il s’est consacré à la diplomatie. Auparavant, il avait déjà rencontré Saddam Hussein pour négocier la libération de certains prisonniers pendant la guerre du Golfe, plus récemment, il a travaillé pour améliorer les relations avec les deux Corées. En 2013, il a également été réélu au même poste à la Diète nationale, le parlement japonais, mais avec le Parti de la restauration. Ces dernières années, il semblait prêt à se présenter au poste de gouverneur de Tokyo, une idée qui n’a jamais pris forme en raison de mauvaises conditions de santé. Après tout, Antonio Inoki est humain, et il vient de nous le rappeler.
1 octobre 2022 (changement 1 octobre 2022 | 07:39)
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