Des maires à l’Eglise, dans les jours qui attendent le mercredi qui décidera définitivement de l’avenir du gouvernement, la mobilisation grandit pour aller de l’avant. Même le monde associatif lance en ce moment un appel “pour qu’une crise soit évitée”. Exprimant sa “profonde et sincère préoccupation”, il est souligné que “le drame du moment et les multiples revendications de dignité de la société n’ont pas besoin de crise car ils seraient encore plus compromis”. Le document est signé par Acli, Arci, Action Cattolica, Confcooperative, Cnca, Fuci, Gruppo Abele, Legambiente, Legacoop Sociali, Libera, Meic, Movimento Politico per l’Unità, et est ouvert à d’autres souscriptions.
La persuasion morale du monde catholique
L’Église appelle la politique italienne à la “responsabilité”. C’est le mot qui revient dans les commentaires du monde catholique qui voit dans l’ouverture de la crise politique une “gifle” non seulement au Premier ministre Mario Draghi mais aussi au président de la République Sergio Mattarella. Les catholiques réclament leurs responsabilités car le pays doit faire face à une série de crises qui se sont accumulées au fil des mois et désormais le malaise de ceux qui n’arrivent pas à payer leurs factures ou à remplir leur panier risque d’exploser. “S’il vous plaît, prenez un peu de temps. Pas pour plaire à ceux qui veulent (uniquement instrumentalement) retarder les élections. Mais se donner le temps de réorganiser décemment la proposition politique », c’est l’appel qui est venu des colonnes d’Avvenire. Une position qui fait suite aux sollicitations de ces derniers jours du président des évêques, le cardinal Matteo Zuppi, et du secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin. Sur la même longueur d’onde, le père Francesco Occhetta, jésuite, expert en politique italienne et promoteur de Comunità di Connessioni, un groupe de réflexion qui implique également des jeunes sur des questions clés, de la politique à l’économie, de la justice aux réponses aux urgences environnementales. La politique italienne est appelée à une prise de «responsabilité», souligne le père Occhetta pour qui «le choix politique de Conte représente un ‘revers au roi’ pour le président Mattarella». Pour le directeur de la Civiltà Cattolica, le père Antonio Spadaro, « Mattarella a bien fait de rejeter la démission de Draghi. L’hypothèse d’une recomposition de la relation fiduciaire dans la majorité est réaliste. Les raisons de la naissance du gouvernement actuel, compte tenu également du contexte international, sont toujours valables ».
Un millier de maires pro Draghi
Un millier de premiers citoyens sont allés sur le terrain pour tenter de garder Mario Draghi dans le fauteuil du Palazzo Chigi. L’appel à aller de l’avant, né samedi d’une lettre ouverte au Premier ministre à l’initiative du maire de Florence Dario Nardella, est vite devenu l’affaire qui a suscité les doléances de l’opposition. A vrai dire, nombreux sont les maires du centre-droit qui partagent la demande pour que l’ancienne direction de la Banque centrale européenne reste à la tête du Conseil des ministres, comme le souligne lui-même Nardella. “Je suis désolé que Meloni ne remarque pas que parmi les signataires, il y a de nombreux représentants du centre-droit”. Cela commence par les administrateurs d’importantes capitales comme Marco Bucci, maire de Gênes ou Luigi Brugnaro à Venise, jusqu’à ceux de Lucca, Gorizia, Asti, Magenta, toutes expressions de juntes de centre-droit. Il y a aussi Alessandro Ghinelli, maire d’Arezzo, la ville où les Frères d’Italie siègent dans les rangs de la majorité, qui a assumé les reproches des Meloniens qui ont formellement pris leurs distances avec leur administrateur municipal en créant une petite affaire. Semblable à celle d’Andrea Corsaro à Vercelli, qui a soutenu au Conseil municipal par une majorité de traction Lega, Fratelli d’Italia et Forza Italia, a rejoint la mobilisation pro Draghi et a été interpellé par son conseiller pour les politiques de jeunesse, dans la part FdI.
Professionnels de santé, “non à la crise dans le noir”
Pour le système de santé italien, “ce n’est pas le moment d’une crise gouvernementale dans le noir. Au nom des femmes et des hommes des professions sanitaires et sociales, nous adressons un vibrant appel à l’unité et à la responsabilité au président Draghi, au ministre Speranza, à toutes les forces politiques et sociales, à chaque représentant des institutions. Ce n’est pas le moment de laisser seuls ceux qui, depuis plus de deux ans, avec compétence et dévouement, mènent en première ligne la bataille, toujours en cours, contre le Covid-19 ». Ainsi dans une lettre-appel les professionnels de santé. «Les raisons de l’unité nationale, d’un effort commun de notre pays – poursuit le document – sont renforcées par la guerre et ses conséquences économiques et sociales dramatiques. Arrêter maintenant, faire prévaloir des raisons partisanes, serait une erreur impardonnable ». Pour signer la lettre-appel du Conseil National de l’Ordre des Psychologues, David Lazzari ; Fédération Nationale des Ordres des Chimistes et Physiciens, Nausicaa Orlandi ; Fédération Nationale des Ordres des Chirurgiens et Dentistes, Filippo Anelli ; Fédération nationale des ordres des professions infirmières, Barbara Mangiacavalli ; Fédération nationale des ordres de la profession de sage-femme, Silvia Vaccari ; Fédération Nationale des Ordres des Techniciens de Santé de Radiologie Médicale et des Professions Techniques de Santé, Réadaptation et Prévention, Teresa Calandra ; Fédération nationale des ordres vétérinaires, Gaetano Penocchio ; Ordre National des Biologistes, Vincenzo D’Anna; Conseil National de l’Ordre des Travailleurs Sociaux, Gianmario Gazzi.
De Milan à Rome, les événements
À 18h30 sur la Piazza della Scala de Milan, une manifestation spontanée aura lieu pour soutenir l’expérience de gouvernement de Mario Draghi et réclamer qu’elle se poursuive jusqu’à la fin de la législature en 2023. L’appel est venu spontanément d’un groupe de citoyens milanais avec le slogan “Avec Draghi, pour l’avenir de l’Italie et de l’Europe” et a rapidement obtenu l’adhésion de partis et mouvements politiques dont Action, Più Europa, Italia Viva, Base Italia, Movimento Federalista Europeo, Per l’Italie avec l’Europe. Manfredi Mumolo, 20 ans, étudiant en sciences politiques à Luiss et ancien représentant de l’Institut au Liceo Tasso de Rome, lance via un post sur sa page Facebook, une manifestation pour demander au Premier ministre Mario Draghi de rester au Palazzo Chigi, malgré la crise gouvernementale en cours en ces heures.

