## L’IA et la productivité : Un chemin semé d’embûches
La peur que l’intelligence artificielle (IA) remplace les travailleurs continue de faire les gros titres. Pourtant, l’historique des ordinateurs personnels (PC) nous montre que les bénéfices se font attendre. Un rapport de Goldman Sachs indique que l’IA pourrait prendre encore plus de temps pour démontrer son efficacité.
### La courbe en J des ordinateurs
Elsie Peng, économiste chez Goldman Sachs, a analysé l’impact des PC sur la productivité. Dans les premières années suivant leur déploiement, la productivité a enregistré une légère baisse puis s’est stabilisée pendant quatre ans. Ce n’est qu’après huit ans qu’un redressement a été observé, atteignant son maximum douze ans après leur introduction. Si l’IA suit une trajectoire similaire, les premiers bénéfices ne seraient visibles qu’en 2030, avec un pic prévu pour 2034.
### Impact limité de l’IA aujourd’hui
Malgré les investissements massifs dans l’IA, son impact n’est pas encore mesurable dans les chiffres officiels. En parallèle à l’avènement des PC, la montée en puissance de l’Internet a nécessité un certain temps avant que ses bénéfices ne soient réalisés à grande échelle. De plus, des recherches menées par Nick Bloom de Stanford montrent que la productivité récente est davantage le résultat de la généralisation du télétravail post-Covid-19 que de l’IA.
### Investir dans les processus, pas seulement la technologie
Un rapport de Goldman Sachs souligne qu’un dollar investi en hardware dans les années 90 nécessitait également une réinvention des processus de travail, souvent mise de côté. Ce n’est qu’une décennie après l’arrivée des PC que cette réorganisation a réellement démarré. Ainsi, les entreprises qui ont révisé leurs méthodes de travail ont prospéré, alors que celles qui se sont contentées d’acheter du matériel ont souffert.
Bien que les investissements dans les centres de données pour l’IA soient en forte hausse, la restructuration des processus de travail semble stagner. Une enquête estime un coût vivant lié à l’IA d’environ 280 milliards de dollars d’ici 2026.
### La résistance des employés : un obstacle majeur
L’une des grandes différences entre l’adoption des PC et de l’IA réside dans l’attitude des employés. Alors que les ordinateurs étaient largement acceptés, l’IA fait face à une résistance. Une étude a révélé que 29 % des employés sabotent d’une manière ou d’une autre les initiatives liées à l’IA de leur entreprise. Pour les jeunes, ce chiffre monte à 44 %.
Une autre enquête a montré que 54 % des employés avaient délibérément évité d’utiliser des outils d’IA au moins une fois dans les 30 derniers jours, préférant effectuer le travail eux-mêmes. Ce phénomène a été baptisé “autodéstructivité technologique” par des chercheurs de Harvard. Au moins 30 % des projets d’IA générative pourraient être abandonnés en raison de cette résistance des employés.
### Conclusion : Un avenir incertain
À l’ère du digital, il est vital que les entreprises n’investissent pas uniquement dans la technologie, mais aussi dans la gestion du changement pour maximiser l’efficacité de l’IA. La peur des employés pour leur emploi constitue un frein important à l’adoption de l’IA. Pour que les promesses de productivité se réalisent, une approche collaborative et transparente est essentielle, où les employés sont formés et impliqués dans le processus de transformation.

