Réforme du marché européen des émissions : des défis pour l’industrie

Contexte de la réforme en cours

La Commission européenne s’apprête à présenter l’une des réformes les plus attendues concernant le marché européen des émissions de CO2 (EU-ETS), prévue pour le 17 juillet. Cette réforme est cruciale pour les entreprises à forte intensité de CO2, en particulier dans le secteur de l’acier, où les enjeux financiers sont colossaux.

L’objectif de l’EU-ETS est simple : chaque tonne de CO2 émise doit être compensée par des certificats. Cependant, la réalité est bien plus complexe. Actuellement, de nombreuses entreprises, notamment dans la sidérurgie, reçoivent des certificats de manière gratuite, un statut qui doit théoriquement prendre fin d’ici 2034. Cependant, la pression des lobbies fait craindre des changements dans cette approche.

Pressions de l’industrie pour un gel des coûts

Récemment, une lettre conjointe a été adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, signée par plusieurs entreprises, principalement des secteurs de l’acier et de la chimie. Ces entreprises plaident pour un gel des coûts des émissions. Elles soulignent que l’augmentation continue des prix du CO2 diminuerait leur compétitivité sur le marché et que les infrastructures nécessaires pour une transition réussie, comme celles pour l’hydrogène et le stockage de CO2, sont insuffisantes.

Les réactions des grands groupes

Des entreprises de premier plan, telles qu’ArcelorMittal et BASF, soutiennent cette initiative. Alexander Becker, président du GMH Gruppe, affirme que “l’industrie a besoin d’une pause” et nostalgie d’une époque où la valeur ajoutée ne fuira pas vers d’autres régions du monde.

Les experts se montrent inquiets

Malgré ces revendications, des économistes comme Wilfried Rickels mettent en garde contre une telle approche. Ils soulignent que les coûts élevés de l’énergie, les salaires et la bureaucratie contribuent également à la perte de compétitivité, et non uniquement le cadre du marché des émissions. De plus, une dilution de l’EU-ETS pourrait prolonger la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles, nuisant ainsi aux entreprises ayant déjà investi dans la décarbonisation.

Le dilemme des leaders de la décarbonisation

Les entreprises qui prennent des mesures proactives pour réduire leur empreinte carbone, comme Salzgitter AG, qui investit massivement dans des technologies plus propres, proposent de maintenir le cadre actuel de l’EU-ETS. Le PDG, Gunnar Groebler, souligne qu’il serait injuste de pénaliser les entreprises qui respectent les normes environnementales en vigueur.

Les signaux contradictoires du gouvernement allemand

La position du gouvernement allemand, représentée par des figures comme Friedrich Merz et Katherina Reiche, semble ambivalente. Bien qu’ils aient exprimé des réserves sur l’EU-ETS, un récent document officiel continue de le présenter comme le “cœur de la politique climatique”. Cependant, des propositions visant à prolonger la distribution de certificats gratuits pourraient affaiblir les objectifs de l’EU-ETS.

Conclusion : un avenir incertain

La présentation des propositions de réforme par la Commission européenne indiquera les directions futures. Il est probable que certains changements visent à apaiser les inquiétudes de l’industrie, tout en tentant de maintenir l’intégrité des objectifs climatiques. Les mois à venir seront cruciaux pour déterminer comment équilibre entre compétitivité économique et ambition climatique pourra être atteint.



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