La paradoxe du “botsitting”: la charge de travail accrue par l’IA

Comprendre le “botsitting”

Imaginons que vous embauchez un assistant pour gérer votre courrier électronique. Au début, vous devez lui expliquer comment trier vos messages. Au fil des semaines, vous passez plus de temps à corriger ses erreurs qu’à profiter de son aide. À la fin du mois, vous êtes toujours débordé, car non seulement vous devez surveiller son travail, mais vous devez aussi vous occuper de votre propre messagerie.

Cette situation illustre parfaitement le phénomène actuel avec l’intelligence artificielle (IA) au travail, tel que relevé dans le rapport Work AI Index. Des chercheurs des universités de Stanford, Berkeley et Notre-Dame ont découvert que les employés consacrent en moyenne 6,4 heures par semaine à “faire fonctionner” l’IA, soit presque une journée de travail perdue chaque semaine.

Un temps “transformé”, pas économisé

Bien que 87 % des travailleurs utilisent des outils d’IA, et 75 % d’entre eux estiment que ces outils augmentent leur productivité en leur faisant gagner près de 11 heures hebdomadaires grâce à l’automatisation, la réalité est plus complexe. En effet, seulement 13 % des entreprises constatent une amélioration de la productivité réelle. Ce constat met en lumière une vérité délicate : le temps remporté grâce à l’IA n’est pas perdu, mais redirigé vers une nouvelle couche de tâches non prévue auparavant.

Les défis du “botsitting”

Cette nouvelle tâche, appelée botsitting (littéralement, “s’occuper des bots”), implique des tâches comme fournir un contexte aux outils d’IA, corriger leurs erreurs, et relancer les requêtes qui n’aboutissent pas. Rebecca Hinds, directrice du Work AI Institute, décrit cette vigilance comme un “travail fatiguant” et souvent non reconnu. Le temps économisé par l’IA devient ainsi un prêt à rembourser.

L’imposition cognitive du changement d’outil

Une partie du temps supplémentaire passé sur l’IA provient de l’utilisation de plusieurs outils. En moyenne, 77 % des travailleurs utilisent plusieurs applications d’IA chaque semaine, et près de la moitié doivent jongler entre plusieurs pour accomplir une seule tâche. Ce “toggle tax”, ou coût cognitif associé au changement constant de contexte, entraîne une perte de temps précieuse, souvent ignorée.

Les études montrent que cette surcharge administrative croît avec chaque nouvel outil d’IA, engendrant une complexité et une frustration accrues en milieu de travail.

Du “botsitting” au “botshitting”

Un des résultats préoccupants de cette surcharge de travail est ce que les chercheurs ont nommé botshitting. Cela désigne la tendance à remettre un travail généré par l’IA sans l’avoir vérifié, simplement pour respecter un délai. Près de 69 % des participants ont avoué avoir déjà franchi cette ligne. Cela cause des problèmes au sein de l’organisation, car les erreurs doivent finalement être corrigées par quelqu’un d’autre, entraînant des pertes de temps et des ressources.

Plus d’IA n’est pas toujours la solution

Bob Sutton, professeur émérite à Stanford, a souligné que les directeurs ont tendance à répondre aux problèmes par une augmentation de l’IA, croyant que plus de technologie résoudra les erreurs de gestion. Cependant, les entreprises qui réussissent ne sont pas nécessairement celles qui utilisent le plus d’IA, mais plutôt celles qui ont mis en place une “infrastructure humaine“.

Il est crucial de mettre en avant la communication et la collaboration entre les équipes pour favoriser un environnement de travail sain et productif. Alors que 53 % des travailleurs affirment que l’information nécessaire ne leur parvient pas par le biais de systèmes d’IA, ceux qui réussissent à faire circuler les données de manière efficace voient une diminution de 64 % de leur fatigue et 52 % des travaux non vérifiés.


En résumé, bien que l’IA promette une aide et une productivité accrues, la réalité du “botsitting” montre que l’augmentation de la technologie peut paradoxalement alourdir la charge de travail. Les entreprises doivent adopter une approche équilibrée, alliant technologie et ressources humaines, pour en tirer pleinement parti.



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