Les pionnières du football féminin face au franquisme
Le contexte historique
La fin de la dictature franquiste en Espagne trouve ses premiers échos autour de 1970. Cette période est marquée par des protestations internationales, notamment le procès de Burgos contre des militants de l’ETA, et par des mouvements sociaux comme la grève de la construction à Madrid. C’est également l’année où se déroule un événement clé pour le football féminin : deux équipes totalement féminines s’affrontent pour la première fois sur un terrain reconnu, malgré l’absence de reconnaissance officielle de la part des fédérations.
Un match historique
Le 8 décembre 1970, les équipes Sizam et Mercacredit se retrouvent sur le terrain de Boetticher à Villaverde, un quartier de Madrid. Approximativement 8 000 spectateurs assistent à ce match, enchantés par l’audace de cette rencontre. Parmi eux se trouve María Ángeles Pérez, connue sous le nom de Quilla. À seulement 15 ans, elle est captivée par cet événement, le considérant comme une chance unique de voir des femmes jouer au football avancé. Cette rencontre l’inspire profondément et elle finit par rejoindre l’équipe.
Des gladiatrices dans la boue
La réalisatrice de la film Pioneras : Solo querían jugar, Marta Díaz de Lope Díaz, évoque avec nostalgie ces femmes qui, malgré les conditions difficiles — terrain boueux, blessures visibles — se battent avec acharnement. Chaque joueuse est une véritable gladiatrice, défendant sa passion contre toutes les formes de répression et de mépris. La ferveur et la détermination dont elles font preuve transcendent le simple cadre d’un match de football.
La lutte contre le patriarcat
Le film souligne comment, sous le régime franquiste, le rôle de la femme était rigidement défini. Les dictats imposés par la Sección Femenina voulaient que les femmes soient soumises, avant tout mères et épouses, excluant du même coup toute envie d’aspiration sportive. La persistance des pionnières démontre combien leur quête d’identité et d’autonomie était radicale. Elles n’aspiraient pas à être des héroïnes, mais simplement à vivre leur passion.
Un écho contemporain
L’héritage de ces pionnières résonne encore aujourd’hui, et la réalisatrice s’inquiète des relents de nostalgie que certains expriment envers cette époque. Pour elle, et pour Quilla, il est crucial de ne pas oublier les souffrances et les limitations qu’elles ont endurées. Le machisme persiste, même si la visibilité des sportives féminines a considérablement augmenté. Les défis restent nombreux, et la lutte pour l’égalité se poursuit.
Conclusion : Un hommage à ces héroïnes
Le récit de ces 22 femmes, qui ont bravé les obstacles pour jouer au football, est non seulement une célébration de leur esprit combatif, mais aussi une réflexion sur les luttes féministes qui perdurent. La dictature voulait des femmes soumises, et elles furent des gladiatrices authentiques, souligne Marta Díaz. Leur histoire continue d’inspirer, rappelant la force et la résilience des femmes face à l’adversité.

