Au cours de la période 2014-2020, la Commission européenne n’a pas dépensé 216 milliards d’euros pour des mesures « liées au climat », comme elle l’a elle-même calculé, mais seulement 144 milliards. En conséquence, l’objectif prédéterminé de consacrer au moins 20 % du budget à des politiques favorables au climat n’a pas été atteint.
C’est ce que conclut la Cour des comptes européenne dans une enquête approfondie à la politique climatique bruxelloise. Selon la Cour des comptes, quelque 72 milliards d’euros pour des politiques qui, selon la Commission, sont liées au changement climatique, n’ont en fait que peu à voir avec celui-ci. La Cour des comptes estime que la Commission est souvent beaucoup trop optimiste quant aux effets climatiques des politiques européennes.
Changer de recadrage
Dans l’agriculture en particulier, les mesures sont trop facilement considérées comme bénéfiques pour le climat. Mais les auditeurs de la Cour ont calculé que 80 % des dépenses qui, selon la Commission, ont un impact positif sur le climat ont été mal étiquetées.
Par exemple, la Commission encourage les agriculteurs à changer régulièrement de culture. Selon la Commission, c’est bon pour le climat. Or, selon la Cour des comptes, changer de culture est bon pour la qualité des sols, mais peu bénéfique pour le climat.
Promouvoir l’agriculture biologique n’est pas toujours bon pour le climat, constate la Cour des comptes. Si le rendement par hectare diminue, il faut plus de terres agricoles pour le même rendement.
La Commission se retrouve également trop facilement riche lorsqu’il s’agit de dépenser les soi-disant fonds structurels, de l’argent destiné aux régions pauvres pour réduire les inégalités sociales au sein de l’UE. Par exemple, les effets positifs de la construction d’une piste cyclable sont considérés comme bons pour le climat, mais les conséquences négatives de la construction d’une autoroute ne sont pas prises en compte dans les calculs. Cela crée une image déformée des effets de ces types de fonds.
Nouvelle période budgétaire
La Cour des comptes craint que les problèmes ne fassent qu’empirer au cours de la nouvelle période budgétaire (2021-2027). Il y a plus d’argent à distribuer (800 milliards d’euros) et la Commission a promis que 30% des politiques seront pertinentes pour le climat. En outre, la Cour des comptes écrit que les milliards qui affluent vers les États membres via le fonds de relance corona ne sont guère soumis aux exigences climatiques, si ce n’est qu’ils ne doivent pas être nocifs pour le climat et ne doivent pas entrer en conflit avec les mesures de protection de l’environnement.
Les auditeurs plaident donc en faveur d’une méthode de calcul claire, avec une plus grande attention aux éventuels effets négatifs de la politique sur le climat. Par ailleurs, la Cour des comptes estime qu’il convient de distinguer la prévention du changement climatique de l’adaptation aux conséquences du réchauffement.

