Le renouveau des terres aragonaises : cultiver des herbes médicinales dans les Pyrénées

Le déclin rural en Espagne, accentué dans les zones de haute montagne, est une réalité préoccupante. Les villages isolés, difficilement accessibles, voient leur population diminuer, entraînant l’abandon de terres jadis cultivées. Ces espaces deviennent alors des friches envahies par la végétation, subissant la dégradation des sols et des incendies. Une solution émerge pour revitaliser ces terres : la culture de plantes aromatiques et médicinales dans le Pirineo aragonés.

Renaissance des terres abandonnées

Initiée par le Centre de Recherche et de Technologie Agroalimentaire de l’Aragon, cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Pyrenees4Clima. La parcelle pilote, située à Espierre (Biescas, Huesca), est abandonnée depuis 60 ans et se trouve à une altitude variant de 1 250 à 1 600 mètres. Le choix de cultiver de la lavande fine, utilisée pour les huiles essentielles, s’avère judicieux pour redonner vie à ces terres.

Des conditions idéales pour la lavande

La lavande prospère dans les régions à forte altitude et sur des sols où d’autres cultures seraient vouées à l’échec, comme l’indiquent les recherches du CITA. Cependant, le développement de ces cultures dans des zones montagneuses présente des défis uniques. Le conditionnement des terres a nécessité des efforts techniques considérables : pentes raides, débarrassage intensif des pierres, et la restauration de vieux murs en pierre.

Un projet aux enjeux multiples

Revalorisation des terres rurales

Le projet joue un rôle crucial dans la revitalisation des zones rurales, cherchant non seulement à restaurer des terres abandonnées, mais aussi à favoriser l’emploi des jeunes et à préserver les savoirs traditionnels liés aux plantes locales. En attirant pollinisateurs comme les abeilles, la culture de plantes aromatiques contribue également à améliorer la biodiversité.

Contexte socio-environnemental

Depuis les années 1960, le phénomène du dépeuplement rural s’est intensifié, particulièrement dans le Pirineo central. La forêt a gagné du terrain aux dépens des activités agricoles, générant des effets ambivalents. Bien qu’une couverture végétale plus dense puisse être bénéfique, cela augmente également les risques d’incendies et de perte de biodiversité des habitats naturels.

Financement et mise en œuvre

Le programme LIFE, depuis sa création en 1992, est le principal outil financier de l’Union européenne pour les initiatives environnementales. Avec 60 % de financement européen pour ce projet, la région d’Aragon met en place 14 des 33 tests pilotes prévus au cours des sept prochaines années.

Collaboration entre recherche et entrepreneurs locaux

La mise en œuvre de ce projet repose sur une approche collaborative entre le CITA et des entrepreneurs locaux comme Ignacio Guallart Balet. Ce partenariat vise à garantir que la recherche scientifique ait des applications concrètes, tout en élaborant un manuel de bonnes pratiques pour les cultures de montagne face aux défis du changement climatique.

Défis à relever

Malgré les avantages potentiels, des obstacles demeurent. Les producteurs européens, établis notamment en France et au centre de l’Europe, devront faire face à une concurrence rude. Sans label d’origine ou certification biologique, assurer la rentabilité du projet pourrait s’avérer complexe.

D’autre part, bien que la lavande soit résistante à la sécheresse, elle nécessite un arrosage pendant ses premières années de croissance, tandis que le climat des Pyrénées est déjà soumis à des variations inquiétantes de précipitations. La faune sauvage, qui peut fortement influencer ces cultures en montagne, représente également un facteur à considérer.

En somme, bien que le projet de cultiver des herbes médicinales dans le Pirineo aragonés soit prometteur, il nécessite des efforts coordonnés pour surmonter les défis économiques et environnementaux.



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