## Un Frigorifique Géant Sous Zaragoza

À une distance de onze mètres sous le bitume de Zaragoza, une couche d’eau souterraine reste à une température stable d’environ 18 °C tout au long de l’année. Ignoré par la plupart, ce “radiateur naturel” joue un rôle essentiel dans le refroidissement et le chauffage de plusieurs bâtiments depuis près de trois décennies. Alors que les habitants du city discutent de l’augmentation de leurs factures d’électricité, cette ressource géothermique travaille silencieusement.

### Un Modèle de Gestion Innovant

Récemment, le Grupo de Sistemas Hidrogeológicos y Geotérmicos Avanzados (SHGA) de l’Institut Géologique et Minier d’Espagne (IGME-CSIC) a présenté le résultat de leur projet THERMAL. Ce nouveau système de gestion a démontré qu’une meilleure coordination des pompes à chaleur, sans nécessiter de nouveaux forages, pourrait permettre une économie de plus de 7 500 euros par installation par an, tout en évitant l’émission de près de 15 tonnes de CO₂.

### Pourquoi Zaragoza?

Sous Zaragoza se trouve l’aquifère “Aluvial del Ebro”, un réservoir d’eau souterrain d’une épaisseur de 20 à 30 mètres, en lien direct avec le fleuve. Cela a permis à cette ville d’agir comme un thermostat naturel. En maintenant une température stable de 18 °C, cet aquifère fournit les conditions idéales pour le fonctionnement des pompes à chaleur géothermiques. En d’autres termes, il permet d’économiser de l’énergie tout en garantissant le confort des bâtiments.

### Un Frigorifique à Grande Échelle

Le fonctionnement d’un système géothermique est similaire à celui d’un réfrigérateur : il ne génère pas de froid, mais transfère la chaleur de l’intérieur vers l’extérieur. En hiver, l’eau à 18 °C est prélevée, son énergie est amplifiée pour chauffer les bâtiments, puis elle est réinjectée une fois refroidie. En été, l’inverse se produit : la chaleur est extraite du bâtiment et transférée à l’eau souterraine.

### L’Efficacité Énergétique au Cœur du Système

La principale différence avec les systèmes aérothermiques réside dans l’efficacité. Utiliser la terre, qui a une température stable, signifie que moins d’énergie est nécessaire pour maintenir des températures agréables. Cela se traduit par des économies substantielles sur les factures d’électricité. En 30 ans, Zaragoza a vu la création d’environ 60 installations géothermiques, principalement dans des bâtiments publics, avec une puissance totale installée de 110 mégawatts, équivalente à celle nécessaire pour climatiser plus de 15 000 logements.

### Des Défis à Surmonter

Cependant, ce succès vient avec des défis. L’extraction et la réinjection d’eau peuvent interférer entre elles, ce qui implique une régulation nécessaire pour éviter de surchauffer l’aquifère à long terme. Le projet THERMAL s’emploie à ajuster les flux d’eau afin que les installations ne s’entrechoquent pas, en intégrant également des technologies avancées comme l’intelligence artificielle pour anticiper les besoins en énergie.

### Un Modèle à Suivre

En se basant sur le cas de Zaragoza, d’autres villes européennes commencent à envisager de tels systèmes géothermiques. Des villes comme Paris et Helsinki ont déjà mis en place des réseaux similaires, montrant que la géothermie peut devenir une ressource propre et durable. En Espagne, Mieres a également converti un ancien site minier en un système géothermique efficace.

### Pourquoi Ignorer Ce Potentiel?

La géothermie souffre d’un manque de visibilité, car elle est invisible à l’œil nu, contrairement aux panneaux solaires ou aux éoliennes. Pourtant, l’investissement initial peut être amorti en quelques années grâce à des économies sur le long terme. Avec de nouveaux financements disponibles, la géothermie pourrait se développer dans toute l’Espagne, mais il est essentiel de poursuivre la formation spécialisée et la sensibilisation.

Zaragoza prouve qu’il est possible de climatiser une ville de manière durable tout en réduisant les coûts. Il est temps que d’autres villes commencent à considérer les ressources souterraines comme une solution viable pour l’avenir.



F1-ES