État des lieux des renoncements aux fonds européens en Espagne

Le mauvais design ou les difficultés d’exécution des fonds Next Generation ont constitué un des mantras qui a accompagné le Plan de Récupération depuis son lancement en 2021. À dose homéopathique, des cas d’entreprises ayant renoncé ou retourné des fonds européens ont émergé, mais le gouvernement ne fournit pas de chiffres officiels.

Une enquête de EL MUNDO a permis d’obtenir des données concernant 1,4 milliard d’euros de renoncements de la part d’entreprises privées et d’entités publiques. Cette somme représente environ 3,5 % des fonds dépensés par le gouvernement, selon le dernier rapport d’exécution de Funcas.

Les chiffres sous-estimés

Cependant, cette estimation est largement inférieure à la réalité puisque des ministères qui ont dû reformuler de grands programmes à cause de la faible adhésion, comme Industrie pour le Perte VEC ou la Transition Écologique, ont refusé de fournir des chiffres, arguant qu’ils n’avaient pas de compilation des renoncements. D’autres ministères ont fourni des données, mais sans identifier les entités qui ont retourné les fonds.

Le ministère de la Science, par exemple, a géré 1 114 renoncements et reçu 360 remboursements de fonds pour des programmes non entièrement exécutés ou finalement non viables. Une part significative des renoncements provient d’entités publiques et d’universités, souvent liées à des investissements dans l’achat d’équipements scientifiques, à l’attraction de talents ou au renforcement de la technologie sanitaire.

Les ministères concernés

En total, le ministère dirigé par Diana Morant a enregistré 126 millions d’euros retournés, ce qui en fait le deuxième plus haut taux de renoncements. Dans ces cas, l’argent n’est pas perdu pour autant, car il peut être réinvesti dans de nouveaux programmes mieux conçus. En revanche, le ministère de la Transformation Numérique a la tête de liste avec 1 054 millions, soit les trois quarts du total, dont une grande partie a été réaffectée à l’économie.

Le programme Kit Digital représente à lui seul près de 800 millions d’euros de renoncements, concentrés principalement entre 2023 et 2024. Par ailleurs, ce ministère a également subi la plus grande renonciation d’une entreprise privée, Lyntia Networks, qui a retourné 142 millions d’euros en réalisant qu’elle n’aurait pas assez de clients pour son plan de connexion en fibre optique des zones rurales.

Les raisons des renoncements

Les raisons de ces renoncements sont variées. La manque de capacité à respecter les délais est la plus fréquente, mais il y a aussi des réajustements de coût qui rendent le projet moins intéressant ou des plans stratégiques qui évoluent. Parmi les 200 enregistrements collectés par le quotidien, des programmes comme Kit Consulting affichent presque 20 millions d’euros en retours, et même des institutions comme la Police Nationale ont dû rendre 2,5 millions d’euros pour ne pas avoir pu exécuter en temps un programme de formation numérique.

Qui renonce aux fonds ?

Le Kit Digital et la renonciation massive de Lyntia comptent pour 80 % des plus de 1 000 millions d’euros auxquels le secteur privé a renoncé. Parmi les principales renonciations figurent également la Naviera Altube et Axpo, qui ont retourné plus de 14 millions d’euros, ou le Centre de Supercalcul de Barcelone, qui a rendu 7 millions d’euros d’un programme pour le développement de puces.

No obstante, des collectivités comme les Baléares, les Canaries et l’Extrême-Garonne se distinguent en ayant remboursé au l’État respectivement 16, 15 et 13 millions d’euros, principalement pour des programmes de connectivité.

La majorité des entités ayant renoncé aux fonds l’ont fait avant même de les recevoir. Toutefois, certains remboursements ont été effectués avec intérêts, permettant ainsi à l’administration fiscale de récupérer 7,6 millions supplémentaires.

Conclusion : Un manque de transparence

Les données ont été obtenues par le biais de demandes de transparence adressées à tous les ministères. Certains ont répondu positivement, tandis que d’autres, comme ceux de l’Économie ou de la Transition Écologique, ont refusé de fournir l’information. Cela soulève des questions quant à la transparence et à l’efficacité d’un système censé aider à la relance économique.



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