La montée de la musique générée par IA sur les plateformes de streaming
La musique générée par IA a envahi les grandes plateformes de streaming, comme Spotify et Apple Music, sans qu’il y ait une réelle demande de la part des utilisateurs. Des chiffres alarmants émergent : Deezer rapporte l’ajout de 75 000 pistes générées par IA chaque jour, tandis que Spotify a retiré 75 millions de chansons de ce type au cours des douze derniers mois. Par ailleurs, Apple Music révèle qu’un tiers de son contenu est désormais “100 % IA”.
Un problème économique majeur
Cette situation n’est pas seulement une question de qualité ou de réputation des plateformes, mais aussi une problématique économique significative. La majorité des services de streaming fonctionnent selon un modèle de rémunération proportionnelle (pro-rata) : chaque artiste perçoit un pourcentage des royalties basé sur sa part d’écoutes.
- Plus il y a de chansons générées par IA qui accumulent des écoutes (même par le biais de bots), plus les revenus des artistes authentiques sont dilués.
- Bien que la quantité de musique générée par IA augmente, l’audience réelle demeure négligeable, sauf lorsqu’elle est accidentellement intégrée dans des playlists générées par algorithmes.
Impact sur les artistes
La prolifération de cette musique non sollicitée entraîne une perte significative de revenus pour les musiciens authentiques. En effet, des individus profitent d’un phénomène où des chansons sans réelle écoute sont diffusées massivement grâce à des bots, leur permettant de gagner de l’argent qu’ils ne méritent pas.
Exemples de fraudes inquiétantes
Un cas extrême documenté est celui de Michael Smith, un entrepreneur américain qui, entre 2017 et 2024, a généré plus de 10 millions de dollars en royalties en utilisant des outils tels que Suno pour créer des centaines de milliers de chansons. Ce cas représente une des premières fraudes de streaming avec IA à avoir été poursuivie en justice. Accusé d’avoir atteint jusqu’à 660 000 écoutes par jour, il a ainsi enregistré un milliard de reproductions sans aucun fan réel.
Réactions des plateformes de streaming
Face à cette vague de musique générée par IA, les plateformes commencent à agir. Deezer a mis en place un système de détection automatique de la musique IA, excluant ces titres des recommandations algorithmiques et désactivant 85 % de leurs reproductions. Bandcamp a prohibé la musique générée par IA directement. À l’inverse, Apple Music a lancé des “Transparency Tags” (pour l’heure, optionnels), tandis que Spotify a introduit un label de vérification “Verified by Spotify.”
Des initiatives insuffisantes
Le problème réside dans le fait que ces approches, tant pour Spotify que pour Apple, sont basées sur des systèmes volontaires qui reposent sur la déclaration des labels et des distributeurs. Ainsi, ceux qui tirent profit du fraude ne se soumettront pas à de telles régulations. Une distinction importante existe entre l’utilisation de l’IA comme outil créatif et la génération complète d’œuvres par des systèmes automatisés.
- Un musicien peut utiliser l’IA pour peaufiner ses créations, tandis qu’une chanson entièrement produite par IA sans intervention humaine se distingue complètement.
- Actuellement, les plateformes ne font pas cette distinction.
À l’horizon : quels enjeux pour l’avenir ?
Spotify, en se positionnant sur le fait que “le concept d’authenticité artistique est complexe et évolue rapidement”, ouvre la porte à la possibilité que les artistes IA soient un jour vérifiés. Cette situation complexe met en exergue la nécessité d’une régulation claire et rigoureuse afin de préserver les droits et les revenus des artistes authentiques.

