Le prix du tomate : une crise à comprendre
« Je préfère jeter ma récolte plutôt que d’être payé 80 centimes le kilo de tomates. » C’est ainsi que, il y a presque un an, l’agricultrice riojana Clara Sarramián a exprimé son désespoir lors d’une interview. Son message, tout comme celui d’autres agriculteurs, semble résonner dans le milieu agricole depuis plusieurs années, révélant une réalité complexe concernant la rentabilité de la culture de tomates en Espagne.
Un écart alarmant
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, le marge commerciale entre l’origine et la destination du tomate a atteint 81,1%, le deuxième plus élevé de la dernière décennie. Ce constat alarme, car il illustre le fait que les agriculteurs reçoivent de moins en moins, malgré l’augmentation des prix à la consommation. En 2017, le coût total de production d’une tomate était de 0,61 €/kg, tandis que les producteurs ne recevaient que 0,57 €/kg. Les temps modernes, marqués par des crises géopolitiques comme celle de l’Ukraine, n’ont fait qu’aggraver cette situation.
Une question de survie
Face à cette réalité, Clara se voit contrainte de prendre des décisions difficiles. Pourquoi se battre pour une récolte qui ne couvrirait même pas ses coûts de production ? Si elle et d’autres agriculteurs jettent leurs tomates, c’est parce qu’ils savent qu’accepter les prix bas pourrait faire tomber l’ensemble du système. En optant pour le refus de récolter, ils cherchent en fait à maintenir une certaine valeur pour leur produit sur le marché.
Le poids des coûts
Entre 25 et 30% des coûts agricoles sont liés à la récolte, à l’emballage et au transport. Si les tomates ne sont pas récoltées, l’agriculteur ne dépense pas pour les frais additionnels et ne subit pas de pertes encore plus grandes. Cette approche stratégique est similaire à celle observée dans d’autres cultures, comme les citrons ou les bananes, où abandonner une partie de la récolte aide à maintenir les prix.
Pourquoi cela nous concerne-t-il ?
Les consommateurs sont aujourd’hui confrontés à un paradoxe : ils payent le prix des tomates le plus élevé de la dernière décennie, alors que les producteurs, au cœur de cette chaîne, disent que cela ne les compense pas. Cette incohérence soulève des questions sur la durabilité de l’industrie agricole en Espagne.
L’avenir de l’agriculture espagnole
À l’approche des négociations pour la PAC post-2027, le défi ultime est de préserver l’une des industries clés de l’économie espagnole. La survie de cette filière est essentielle, non seulement pour les agriculteurs, mais aussi pour l’ensemble de la population, notamment dans les zones moins peuplées.
Alors que nous continuons d’évaluer ce dilemme, nous devons nous demander non seulement pourquoi Clara Sarramián se retrouve à jeter ses tomates, mais comment nous pouvons garantir que cette industrie vitale ne disparaisse pas au profit de solutions à court terme.
Il est nécessaire de prendre des mesures concrètes afin de soutenir les agriculteurs et d’assurer un avenir où la qualité, la rentabilité et la durabilité sont au centre des préoccupations.

