La créativité face à la crise énergétique à Cuba

Juan Carlos Pino, un mécanicien de 56 ans, a récemment captivé l’attention de ses voisins en transformant son Fiat Polski de 1980 pour qu’il fonctionne au charbon de bois. Cette innovation se déroule à Aguacate, un petit village cubain de 5 000 habitants, situé à environ 70 kilomètres de La Havane. Dans un contexte de pénurie de carburant, son exploit a fait le tour du monde.

Un contexte de crise énergétique

Cuba traverse sa pire crise énergétique depuis des décennies. Depuis le blocage des approvisionnements en carburant par l’administration Trump en janvier, l’essence est devenue difficilement accessible pour la plupart des Cubains, atteignant jusqu’à huit dollars le litre sur le marché noir, soit six fois le prix officiel. La fermeture des robinets du pétrole vénézuélien, autrefois solidaire, a aggravé cette situation critique.

Conséquences de la pénurie

La crise de l’énergie s’est accompagnée d’une augmentation des coupures de courant, avec des apports énergétiques insuffisants. Les Cubains ont dû faire preuve de créativité pour alimenter leurs véhicules, et des systèmes innovants tels que celui de Pino émergent pour pallier le manque de ressources.

Le système de propulsion au charbon

Pino a construit son système de propulsion à partir de matériaux récupérés. Le charbon est brûlé dans un conteneur de propane reconverti, tandis que les gaz chauds sont filtrés à travers un élément fait d’un bidon en acier inoxydable rempli de vieux vêtements. Ces gaz chauffés remplacent la essence au niveau du carburateur.

Un processus minutieux

Le processus a pris deux mois à compléter et nécessite une certaine patience. L’allumage du charbon avec de l’alcool prend environ 30 minutes avant que le véhicule puisse être utilisé. Comme il le dit en plaisantant, « ce n’est pas une voiture pour ceux qui sont pressés ». Ce défi a fascinifié les habitants, qui viennent souvent lui poser des questions ou demander une construction similaire.

Inspirations et technologie

La découverte de cette technologie ne s’est pas faite au hasard. Pino a appris de l’ingénieur argentin Edmundo Ramos, qui a dédié plus d’une décennie à la perfection de la technologie des véhicules alimentés par biomasse. Ce dernier a reçu de multiples demandes d’aide de Cubains face à la crise, de diverses industries allant de la production de glace aux commerces locaux.

Des solutions adaptables

Ramos assure que presque tous les moteurs peuvent être adaptés à ce système, tant qu’ils peuvent recevoir des gaz chauds à la place de l’essence.

Une nouvelle attraction locale

Lorsque Pino a fait rouler son véhicule pour la première fois, il a parcouru 85 kilomètres à une vitesse de pointe de 70 km/h. Cette innovation est devenue une curiosité dans son village, attirant les habitants désireux de voir de près cette transformation inattendue.

Symptômes d’une économie en difficulté

Ce type d’invention témoigne d’une économie à bout de souffle. Les coupures d’eau et d’électricité sont devenues courantes, et les Cubains qualifient cette culture d’improvisation de “créations criollas”. Dans un contexte de tensions croissantes, où le nombre de manifestations pour l’accès à l’eau et à l’électricité ne cesse d’augmenter, l’initiative de Pino illustre une réponse face aux défis quotidiens.

Projets futurs

Pino ne compte pas s’arrêter là. Son prochain projet est d’adapter un tracteur avec le même système. « Nous avons besoin de mobilité, nous avons besoin de cultiver », affirme-t-il fièrement.

Pour lui, ce n’est pas seulement une question de mécanique, mais aussi d’innovation et de résilience face à une réalité difficile. Ses voisins le surnomment même “le magicien”, un titre qu’il porte avec fierté.



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