Le jour où nous avons perdu confiance : La polarisation sociale en Argentine
Selon le rapport Edelman, un constat alarmant émerge : 7 Argentins sur 10 préfèrent s’isoler de ceux qui pensent différemment, illustrant une forte polarisation sociale. Dans une récente intervention sur Infobae a la Tarde, le politologue Rosendo Grobo a souligné que “la confiance dans les institutions argentines traverse son pire moment”.
Une confiance érodée depuis la crise de 2008
Grobo évoque l’érosion de la crédibilité publique qui s’est accentuée après la crise de 2008. Il précise que “la sortie est collective”, appelant à une réflexion commune sur la situation actuelle. Le baromètre de confiance d’Edelman, qui sonde l’opinion depuis 26 ans dans 28 pays, montre une tendance inquiétante à la polarisation et au ressentiment croissant au sein de la société argentine.
Un changement de confiance : des institutions vers les pairs
Selon Grobo, “la confiance se déplace des autorités vers les pairs”. Depuis 2005, le rapport d’Edelman souligne ce bouleversement où les individus font davantage confiance à leurs semblables qu’aux institutions. Ce phénomène est symptomatique d’une société qui se sent divisée : “Il n’y a rien de bon de l’autre côté”, ajoute-t-il.
Confiance abîmée et stagnation économique
Le diagnostic de Grobo va au-delà de l’argentin : “Nous vivons dans une époque très volatile qui engendre de nombreux problèmes”. Au cours des 50 dernières années, l’Argentine a connu un déclin évident. À l’image de certains noms de commerces d’antan, reflétant un optimisme générateur de prospérité, le pays semble avoir perdu son élan.
Confiance interpersonnelle vs. méfiance institutionnelle
Grobo souligne une dichotomie : “Je fais confiance à mes voisins et amis, mais je remets en question les institutions qui nous régissent”. Cette différence crée un climat de défiance, renforçant l’idée que le manque de confiance institutionnelle est devenu une marque de fabrique en Argentine.
Insularité : un piège social croissant
Le rapport identifie un phénomène d’insularité : “Je résiste à faire confiance à quiconque qui soit différent de moi.” Grobo prévient des dangers qui guettent ceux qui choisissent de se retirer dans des communautés homogènes, réduisant ainsi la richesse des interactions humaines.
Équilibre nécessaire entre confiance institutionnelle et interpersonnelle
Paula Guardia Bourdin rappelle qu’il est essentiel de rétablir un équilibre entre confiance en l’institution et confiance envers autrui. C’est en acceptant nos différences que nous pourrons éviter une dérive vers la tyrannie des semblables.
Vers une reconstruction collective de la confiance
Pour Grobo, “la démocratie et la liberté résident dans le cœur des individus”. Le défi pour l’Argentine est de rétablir une base de confiance qui ne se limite pas aux relations proches mais qui s’étend à la société dans son ensemble. “Pour soutenir un pays comme l’Argentine, je dois faire confiance à quelque chose de plus vaste.”

