La Grazia : Sorrentino en État de Grâce
Qui est le personnage principal ?
Dans La Grazia, le protagoniste interprété par Toni Servillo soulève une question profonde : « De qui sont nos jours ? ». Servillo, qui collabore une fois de plus avec le réalisateur Paolo Sorrentino, incarne le président de la République italienne en fin de mandat. Un homme qui affiche des valeurs de croyant et d’ami du Pape, mais laisse derrière lui un legs empreint d’immobilisme. Cette figure, semblable à Sergio Mattarella, doit prendre une décision cruciale concernant une loi polémique sur l’euthanasie.
Une œuvre réfléchie
Sorrentino livre ici une de ses œuvres les plus abouties, surpassant son précédent travail, Fue la mano de Dios (2021). Ce film met en lumière la quintessence de sa culture napolitaine, oscillant entre la grandeur et l’absurde. Le récit fait écho aux interrogations sur la vacuité d’un pouvoir concentré dans l’inertie, tout en jouant sur des thèmes comme l’évidence, si souvent mise à mal dans le cinéma contemporain.
La double vision de Servillo
Dans La Grazia, Servillo rappelle ses rôles précédents dans Il Divo et Silvio (et les autres), mais avec une perspective différente. Ce film explore plus en profondeur la complexité d’un personnage symbolique, un président qui oscille entre l’intouchable et le ridicule. Sorrentino crée ici une puissante mystique rituelle, révélant la grandeur cachée derrière les aspects les plus triviales de la vie politique.
La caméra comme un rite
La force de La Grazia réside dans sa mise en scène, plus proche de The Young Pope que de La Grande Beauté. La caméra navigue avec aisance dans les palais baroques, capturant des moments de vulnérabilité humaine, comme une larme sur le visage du président. Cette liberté de mouvement illustre l’importance du rituel dans le cinéma de Sorrentino. Le réalisateur trouve un équilibre délicat entre le sublime et l’insignifiant, offrant une introspection qui transcende le simple divertissement.
Les dilemmes moraux
Le film se centre sur les doutes du président, s’inspirant du décasyllabe de Krzysztof Kieślowski. À travers ses interactions, qu’elles soient avec son assistante, sa fille, ou même un astronaute en apesanteur, il aborde des dilemmes moraux : la clémence envers un homme ayant tué sa femme souffrant de l’Alzheimer et une femme ayant tué son mari violent. La cigarette représente une métaphore de ses réflexions et de ses regrets, plongeant le spectateur dans la complexité de ses pensées.
Conclusion : Une exploration de la vie
La Grazia ne se limite pas à explorer le politique ; elle évoque des thèmes universels : l’amour, la mort, l’attente et la vie elle-même. Étonnamment, le football, habituellement omniprésent dans les œuvres de Sorrentino, est absent ici, ce qui souligne la profondeur d’un personnage âgé face à son passé et à un avenir incertain. Ainsi, l’œuvre se révèle à la fois tragique et comique, fidèle à la signature de Sorrentino.
Informations pratiques
- Réalisateur : Paolo Sorrentino
- Acteurs : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque
- Durée : 133 minutes
- Nationalité : Italie
Ce film offre une empreinte mémorable, solidifiant la réputation de Sorrentino comme l’un des plus grands cinéastes contemporains, mêlant l’absurde à la profondeur humaine.
