Le BCE et la Réduction de la Dépendance aux Services de Paiement Non Européens

Contexte et Objectifs de la Stratégie

Le 31 mars, le Banco Central Europeo (BCE) a annoncé une nouvelle stratégie visant à diminuer la forte dépendance de l’Europe aux fournisseurs de services de paiement non européens, tels que Visa, Mastercard, PayPal, Apple Pay et Google Pay. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de changements technologiques rapides et de préoccupations croissantes liées aux tensions géopolitiques.

Les Fondements de la Stratégie de Paiements

La stratégie du BCE englobe différents types de paiements : des paiements en espèces, aux paiements de détail, en passant par les transactions interentreprises et transfrontalières. Un des axes principaux de cette stratégie est l’introduction d’un euro numérique et le développement de systèmes de paiements améliorés pour le commerce international.

Piero Cipollone, membre du comité exécutif du BCE, souligne que “les paiements sont fondamentaux pour la société et évoluent rapidement”. Il insiste sur l’importance de rendre ces systèmes de paiement “fiables, rapides, compétitifs et ouverts à l’innovation”.

Les Risques de Dépendance

Le BCE met en avant qu’une dépendance excessive à ces providers extérieurs pourrait engendrer plusieurs vulnérabilités. En période de tensions géopolitiques, il existe un risque accru que les systèmes de paiement soient manipulés à des fins économiques ou politiques. L’idée est de protéger l’intégrité financière de l’Europe en réduisant son exposition à des acteurs tiers.

Appel à un Modèle de Paiement Souverain

Ce raisonnement trouve écho auprès de leaders européens, comme le président français Emmanuel Macron, qui appelle également à diminuer la domination de Visa et Mastercard sur le continent. Macron propose de développer un “modèle de paiements souverain”, ce qui inclut une initiative européenne nommée Wero, prévue pour une implantation en 2025 dans plusieurs pays européens, notamment l’Allemagne, la Belgique et la France.

Les Avancées Technologiques en Matière de Paiements

Le BCE se montre conscient que les avancées technologiques, telles que l’intelligence artificielle et l’informatique quantique, posent des défis considérables à la sécurité des paiements. Dans ce cadre, l’institution prévoit de prolonger les heures de fonctionnement de son service de règlement en temps réel, TARGET.

Tokenisation et Technologie de Registre Distribué

La stratégie prévoit également l’adoption progressive de nouvelles technologies, comme la tokenisation et la technologie de registre distribué. La tokenisation permet de représenter des actifs physiques ou financiers sous forme de “tokens” numériques, favorisant ainsi la liquidité et l’accès aux marchés pour les petits investisseurs.

Cette technologie réduit considérablement les coûts de compensation et de règlement dans les marchés financiers. La technologie de registre distribué, utilisée par certaines cryptomonnaies, unifie les enregistrements financiers sur une plateforme partagée.

Initiatives Complémentaires : Appia et Pontes

Le BCE explore deux initiatives clés pour mettre en œuvre sa stratégie : Appia et Pontes. Appia vise à créer un marché financier de détail basé sur la tokenisation et le registre distribué pour améliorer l’intégration des paiements en euros. Pontes, prévu pour 2026, se concentre sur la liquidation des opérations basées sur des technologies de registre distribué en utilisant de l’argent de banque centrale.

Conclusion

La nouvelle stratégie du BCE marque une étape importante vers la souveraineté monétaire en Europe. face à des enjeux de sécurité et des relations géopolitiques complexes, l’institution européenne s’efforce de créer un écosystème de paiements plus robuste et moins dépendant de fournisseurs étrangers. Cette initiative a le potentiel de transformer le paysage des paiements en Europe, tout en intégrant des innovations technologiques et en préservant l’intégrité financière sur le continent.



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