Live Nation : Révélations choquantes sur la vente de billets
Des messages échangés sur Slack en 2022 entre deux directeurs de Live Nation ont été récemment divulgués lors d’un procès antimonopole, révélant que les clients étaient considérés comme des “idiots” que l’entreprise “robaient à mains pleines”. Ces révélations ne sont pas simplement des anecdotes privées ; elles constituent une fenêtre sur les pratiques d’une entreprise qui contrôle 80 % du marché des billets aux États-Unis. Cela ne surprend pas ceux qui ont payé des frais de stationnement exorbitants pour des concerts, mais les voir mis par écrit donne un poids particulier à ces accusations.
Ce qui a été dit
Ben Baker, ancien directeur régional du ticketing pour la Floride, et Jeff Weinhold, directeur senior en Virginie, ont échangé des impressions durant plusieurs mois. Dans une de leurs conversations, Baker s’est vanté des suppléments qu’il avait ajoutés aux prix de base d’un concert de Kid Rock à Tampa Bay, qualifiant les clients de “stupides”. Weinhold lui a alors révélé qu’il avait des places de parking VIP à 250 dollars. “On les braque à mains pleines, comme ça se passe”, a répondu Baker.
Les détails ne manquent pas : Baker mentionne des revenus de 124 790 dollars provenant des “upsells” pour un concert de Dead & Co., pendant que Weinhold propose d’augmenter dynamiquement les prix avant d’envoyer les promotions par e-mail. Des termes comme “dyn up” décrivent cette pratique de tarification dynamique, et ils évoquent des techniques de présentation pour inciter les consommateurs à acheter des billets améliorés.
Réactions de l’entreprise
Live Nation a tenté de minimiser l’importance de ces messages, qualifiant ces échanges d’informels et de peu significatifs. Lorsque les messages ont été rendus publics, l’entreprise a affirmé qu’il ne s’agissait que d’un “employé junior parlant à un ami”.
Cependant, les avocats des plaignants soulignent que ces messages ne peuvent pas être considérés comme insignifiants. Ils rappellent que les artistes eux-mêmes n’ont pas intérêt à exploiter leurs fans, alors que Live Nation, en contrôlant la majorité du marché, jouit d’un monopole qui lui permet de le faire sans réelle concurrence.
Les enjeux du modèle économique
Une fusion controversée
La concentration verticale de Live Nation, issue de la fusion avec Ticketmaster en 2010, a créé un modèle économique où la même entité gère la promotion de tournées, la vente de billets et le contrôle des salles. Ce modèle a été critiqué, notamment lors des ventes de billets pour des événements très attendus, comme le ‘Eras Tour’ de Taylor Swift, qui a mené à une enquête du Département de la Justice.
Accord et résilience des plaignants
Le 9 mars, un accord surprise a été conclu entre le Département de la Justice (DOJ) et Live Nation, mettant fin à la partie fédérale de l’affaire. Cet accord impose une limite de 15 % sur les frais de service et d’autres mesures correctives. Pourtant, plus de 27 États, dont New York et la Californie, ont rejeté cet accord, jugeant qu’il n’adresse pas la question du monopole et poursuivent leurs propres actions en justice.
Conclusion : Un reflet de pratiques bien ancrées
Les révélations sur Live Nation ne sont pas un incident isolé ; elles mettent en lumière un modèle commercial profondément ancré qui, depuis des années, pousse à maximiser les profits au détriment du consommateur. Le témoignage de Baker et Weinhold est révélateur d’une politique d’entreprise qui reste inchangée malgré le scandale. L’affaire pourrait avoir de larges répercussions, non seulement aux États-Unis, mais également à l’international. En Europe, des enquêtes similaires sont déjà en cours, témoignant d’une dynamique mondialisée autour de la vente de billets et des frustrations des consommateurs.

