Stratégies allemandes pour réduire la dépendance envers la Chine

BMW, Rheinmetall et les principales industries allemandes développent une agence conjointe dédiée à l’acquisition de minéraux critiques. Cette initiative vise à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, s’inspirant du modèle japonais établi en 2010.

Contexte historique

En 2010, la Chine avait imposé un embargo sur les exportations de terres rares à destination du Japon en pleine tension territoriale. Tokio dépendait de ces matériaux essentiels pour divers secteurs, allant de l’automobile à l’électronique. En réponse, le Japon avait lancé la Japan Organisation for Metals and Energy Security (JOGMEC), une agence d’État qui collabore avec des conglomérats nationaux pour garantir l’approvisionnement en minéraux, pétrole et gaz. Cela a permis au Japon de diminuer considérablement sa dépendance envers les fournitures chinoises pour les terres rares.

La construction d’une structure allemande

Actuellement, BMW s’associe au lobby automobiliste VDA et à l’industrie de défense allemande pour mettre en place une structure similaire à celle du JOGMEC japonais. L’objectif est de créer une grande entreprise privée permettant d’acheter en bloc des matières premières critiques (comme le lithium, le gallium, le germanium et les terres rares) au nom de l’industrie allemande. Le gouvernement fédéral pourrait également apporter un soutien financier, bien que les chiffres exacts restent à déterminer, le coût total du projet s’élevant potentiellement à plusieurs centaines de millions d’euros.

L’urgence de l’initiative

En 2022, la Chine a restreint les exportations de matériaux essentiels pour les batteries et l’électronique. Bien que certaines de ces restrictions aient été temporairement levées jusqu’en 2026, la situation a révélé la vulnérabilité de l’Europe, laissant l’industrie allemande – les constructeurs automobiles, les entreprises de défense, et les industries de machinerie – inquiète quant à la fragilité de sa chaîne d’approvisionnement.

Le modèle japonais à la loupe

Le succès du JOGMEC repose sur une combinaison de capital public et l’expérience des entreprises privées japonaises dans l’approvisionnement industriel. Bien que l’Allemagne dispose déjà d’une agence de matières premières, la DERA, elle nécessite une réforme en profondeur pour jouer un rôle efficace dans ce domaine. L’agence projetée serait plus robuste, avec une capacité d’investissement dans des projets miniers et de recyclage, ainsi qu’une présence active sur le marché.

Diplomatie et coopération internationale

Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment contacté la première ministre japonaise Sanae Takaichi, abordant la question des minéraux critiques. Ce dialogue souligne l’intérêt du Japon à exporter son modèle. Parallèlement, l’Australien Lynas Rare Earths, le plus grand producteur de terres rares en dehors de la Chine, a conclu un accord de fourniture avec le Japon à un prix garanti, similaire à celui établi avec des producteurs américains.

Tensions avec Bruxelles

La Commission Européenne envisage également la création d’un organisme centralisé pour coordonner l’acquisition de minéraux critiques. Toutefois, l’Allemagne reste sceptique et défend l’idée que les décisions doivent être prises par l’industrie elle-même, préférant un modèle d’initiative privée avec un soutien gouvernemental minimal.

Enjeu stratégique

Les minéraux comme l’acier, le lithium et les terres rares sont cruciaux pour la transition énergétique et le renforcement de l’Europe. Sans neodymium, il n’est pas possible de fabriquer des aimants pour moteurs électriques ou des systèmes d’armement. Et aujourd’hui, la Chine domine entre 60 % et 90 % de la chaîne de production de ces matériaux, ce qui suscite une inquiétude mondiale croissante.



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