Rosalía : L’Artiste de l’Ambiguïté
Rosalía est devenue l’une des personnalités les plus scrutées de l’industrie musicale contemporaine. Sa façon de naviguer à travers des thèmes controversés tels que la Palestine, le catholicisme, et maintenant le féminisme, soulève des questions sur son engagement et son approche vis-à-vis des polarités de la société actuelle. Chaque déclaration provoque des réactions, tant positives que négatives, et il est légitime de se demander si sa quête de non-polarisation n’est pas en elle-même une forme de polarisation.
La Neutralité Stratégique
Lors de la promotion de son album LUX, Rosalía a déclaré : « Je me considère entourée d’idées féministes, mais je ne suis pas moralement parfaite pour m’identifier à un ‘isme’ ». Cette phrase, entendue sur Radio3 Extra, illustre son habileté à esquiver des sujets complexes sans vraiment s’engager. Déjà, après avoir été critiquée par le designer Miguel Adrover pour son silence sur Gaza, elle avait communiqué de manière vague sur le sujet, évitant des termes comme « Israël » ou « occupation ». Cela démontre une stratégie : condamner des actions sans prendre position, une approche que certains critiques qualifient d’inaction masquée.
Féminisme et Ambiguïté
Actuellement, Rosalía continue de jouer l’équilibriste en s’appropriant des discours féministes tout en préservant une distance sécuritaire. Elle exprime des sentiments d’indignation sans véritable engagement, évitant soigneusement de se compromettre. Ce modèle, où elle évoque le féminisme tout en n’utilisant pas le terme, reflète une ingénierie linguistique destinée à protéger son image dans divers marchés mondiaux.
Le Marché Américain
Les enjeux se compliquent par l’importance du marché américain, où une controverse peut rapidement détruire une carrière. Rosalía, avec ses 70 millions de followers, navigue dans cet environnement délicat. Adopter un discours féministe pourrait l’aliéner des publics conservateurs, notamment en Amérique Latine ou en Arabie Saoudite, tandis qu’une position opposée pourrait la marginaliser en Europe. Sa solution : éviter des déclarations trop tranchées.
Les Coûts d’une Déclaration
Au-delà de l’art, Rosalía gère une entreprise familiale qui génère des millions. En 2022, sa société, Motomami SL, a engrangé 3,6 millions d’euros, et ses contrats avec des marques telles que Dior et Coca-Cola lui rapportent entre 5,3 et 7,2 millions de dollars par an. Ses silences stratégiques semblent donc davantage motivés par des considérations financières que par un véritable engagement éthique.
Le Précédent de Sydney Sweeney
La comparaison avec l’actrice Sydney Sweeney est évocatrice. Après avoir fait l’objet de controverses pour une campagne publicitaire, elle a choisi le silence, une stratégie qui s’est révélée payante. Rosalía adopte une approche similaire, en s’exprimant sans jamais s’engager réellement, créant un espace de sécurité pour elle-même tout en maintenant une image publique.
Esthétique et Contexte Conservateur
Ce qui est intéressant, c’est la transformation esthétique de Rosalía. Avec LUX, elle s’éloigne d’une image hypersexualisée pour adopter un style plus modeste, évoquant des thèmes religieux. Ce changement coïncide avec un retour en force de la spiritualité chez les jeunes, rendant son projet à la fois actuel et commercialement viable.
Conclusion : Un Paradoxe Actuel
Rosalía incarne un paradoxe de notre époque : naviguer entre engagement et opportunisme. En cultivant une image qui lui permet d’échapper aux responsabilités sociopolitiques tout en jouant sur des thèmes engagés, elle questionne notre propre rapport à l’ambiguïté et à la prise de parole dans une ère marquée par les tensions. Sa stratégie pourrait être plus qu’un simple choix artistique : elle pourrait représenter un modèle pour les artistes de demain.

