La montée des prix dans le secteur ferroviaire espagnol
La concurrence dans le secteur des trains à grande vitesse (TGV) en Espagne ne livre pas que des promesses de meilleures offres : elle est en train de se solder par une hausse des tarifs. Depuis l’arrivée d’Iryo et d’Ouigo, les voyageurs espéraient une baisse des prix, mais une nouvelle étude de la Commission Nationale des Marchés et de la Concurrence (CNMC) indique que les trois opérateurs ont commencé à augmenter leurs tarifs au troisième trimestre de 2025.
Une tendance inquiétante
Dans le corridor le plus fréquenté, Madrid-Barcelona, les prix ont augmenté en moyenne de 25 % par rapport à 2024. Iryo a enregistré la plus forte hausse avec une spectaculaire augmentation de 52,9 %, faisant grimper le prix moyen du billet à 63,82 euros. Renfe AVE a quant à elle relevé ses tarifs de 13,3 % pour atteindre 70,58 euros, tandis qu’Ouigo, autrefois considéré comme l’option la plus abordable, a augmenté ses prix de 20,2 % pour atteindre 51,86 euros.
Contexte des augmentations
L’une des raisons de cette montée des prix est la suspension d’Avlo, la marque à bas coût de Renfe, sur la ligne Madrid-Barcelona. Cette décision, prise après la découverte de fissures dans les bogies de leurs trains, a réduit l’offre de billets économiques sur la ligne la plus prisée. Bien que les prix aient augmenté, ils restent tout de même 26 % moins chers qu’avant la libéralisation du secteur en 2020.
Cas particulier de l’Andalousie
En revanche, la situation est différente en Andalousie. L’entrée d’Ouigo en janvier 2025 sur les lignes Madrid-Sevilla et Madrid-Málaga/Granada a déclenché une guerre des prix qui maintient les tarifs à la baisse. Sur la ligne Madrid-Málaga, seul Iryo a augmenté ses tarifs (de 2,6 %), tandis que Renfe AVE a réduit les siens de 8,9 %, et Avlo de 15,3 %, pour s’aligner sur les 32,54 euros proposés par le Français. Sur Madrid-Sevilla, le prix moyen a chuté de 2,8 % bien que certaines compagnies aient augmenté leurs tarifs.
Ports d’escale vers la Communauté Valencienne
Les lignes vers la Communauté Valencienne affichent une hausse modérée. Madrid-Valencia a vu une légère augmentation de 1,3 % pour un prix moyen de 30,56 euros, tandis que Madrid-Alicante a augmenté de 1,5 % pour un coût moyen de 37,96 euros. Iryo a été l’opérateur avec les hausses les plus significatives sur ces deux trajets (24,6 % et 23,9 %), tandis qu’Ouigo a conservé une stratégie de prix bas avec quelques légères réductions.
La rentabilité en question
Le ministre des Transports, Óscar Puente, a exprimé des préoccupations quant à ces hausses, allant jusqu’à accuser Ouigo de faire face à des pertes et d’ entraîner Renfe dans une situation économiquement insoutenable. Les opérateurs cherchent à stabiliser leurs opérations, et les augmentations de prix en font partie intégrante.

Un bilan contrasté pour les passagers
Malgré la hausse des prix, la demande reste forte. En 2024, près de 40 millions de passagers ont emprunté les TGV, soit une augmentation de 77 % par rapport à 2019, avant la libéralisation. Au troisième trimestre de 2025, les trajets comme Madrid-Málaga/Granada (+17,7 %), Madrid-Sevilla (+13,2 %) et Madrid-Alicante (+8,9 %) ont atteint des records de fréquentation. En revanche, Madrid-Barcelona a connu une légère baisse de 0,3 %, probablement due au retrait d’Avlo et à l’augmentation des tarifs.
Avenir du secteur ferroviaire
Après quatre années d’offres agressives, le secteur semble entrer dans une phase de maturité. L’objectif est désormais d’attirer les voyageurs tout en garantissant la viabilité économique. Renfe conserve une part de marché de 62 % dans la plupart des corridors, mais ce chiffre tombe à 50 % sur Madrid-Valencia. L’évolution des chiffres dans les trimestres à venir sera essentielle pour observer comment le paysage ferroviaire continue d’évoluer.

