Une stratégie ambitieuse : Steam sur tous les appareils

Valve met en œuvre l’une des stratégies les plus audacieuses de l’histoire du logiciel. Alors que Microsoft tente de convaincre le monde que Windows sur ARM est prêt et que Qualcomm promet une puissance brute, la société de Gabe Newell a choisi une approche alternative : au lieu d’attendre que les développeurs adaptent leurs jeux, elle finance la technologie qui rend cette adaptation inutile. L’objectif est clair : faire fonctionner votre bibliothèque Steam sur n’importe quel appareil, sans que personne n’ait besoin de lever le petit doigt.

Le précédent emblématique : Proton

Pour comprendre l’ampleur de cette initiative, il faut revenir en arrière. Il y a dix ans, jouer sous Linux semblait presque utopique. Peu de développeurs portaient leurs titres sur le système d’exploitation de Linux, et Microsoft dominait le marché des PC. Cependant, Valve a changé cette dynamique avec Proton, une couche de compatibilité dérivée de Wine qui traduit les instructions Windows pour Linux. Cette avancée a été déterminante pour le succès de la Steam Deck, prouvant qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser Windows pour exécuter des jeux, y compris des titres AAA.

Une nouvelle étape : vers les appareils mobiles

Le premier pas vers cette expansion vers les appareils mobiles est le projet FEX-Emu, un émulateur qui traduit les instructions des processeurs x86 en ARM64. Selon Pierre-Loup Griffais, responsable de SteamOS, l’intégration de FEX dans une version spécifique de Proton vise à « éliminer les barrières » afin que les utilisateurs n’aient plus à se soucier des compatibilités de leurs jeux.

Une nécessité industrielle

Ces investissements ne sont pas le fruit d’une philanthropie, mais d’un besoin industriel. Valve prépare de nouveaux matériels nécessitant cette technologie pour exister, comme le futur Steam Frame. Les puces ARM sont plus efficaces pour les dispositifs à faible consommation, ce qui ouvre la porte à de nombreuses spéculations. Cela soulève la possibilité d’un ultraportable Steam encore plus compact que la Steam Deck.

Démocratiser le jeu vidéo

Ce qui est révolutionnaire avec ces émulateurs, c’est qu’ils sont open source, offrant ainsi des avantages universels. Des jeux récents, tels que Hollow Knight: Silksong, peuvent être exécutés sur un appareil Android sans version officielle. Des fabricants comme Xiaomi avancent également avec des initiatives permettant aux utilisateurs de jouer à des titres Steam sur leurs appareils via HyperOS.

Vers une Steam Machine universelle

Valve s’attèle à préparer le terrain pour que tout appareil puissant – qu’il s’agisse de tablettes, de mobiles ou d’ordinateurs portables ARM – puisse potentiellement devenir une Steam Machine. Cette stratégie contraste fortement avec celle de Microsoft, dont la couche d’émulation, Prism sur Windows, continue à lutter pour la compatibilité des jeux.

Le plan ultime : SteamOS en toutes choses

Le plan de Valve est clair : faire de SteamOS le système d’exploitation par défaut pour le jeu vidéo, quel que soit le hardware sous-jacent. Les premiers pas vers cette réalité sont déjà visibles avec l’arrivée de SteamOS sur des consoles tierces et l’annonce de nouvelles Steam Machines.

En levant les barrières de compatibilité entre architectures de processeurs et systèmes d’exploitation, Valve s’assure que sa boutique reste l’unique constante dans un avenir technologique fragmenté. Cela ne peut signifier qu’une chose : inciter les utilisateurs à acheter et dépenser sur sa plateforme. Une situation gagnante-gagnante pour Valve.



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