Les jeunes et l’utilisation de l’IA pour lire
Marcos, un étudiant de 21 ans, admet qu’il lui est difficile de lire un livre en entier. Manque de temps, de motivation, ou d’intérêt, autant de raisons qui le poussent à utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour ses lectures académiques. “Qui ne l’a pas déjà fait aujourd’hui ?” s’interroge-t-il.
Raquel, 24 ans, se trouve dans une situation similaire. Elle utilise également des outils d’IA pour éviter de lire, même si elle reconnaît parfois qu’elle passe à côté d’histoires qui pourraient l’intéresser. Cela dit, elle ne regrette pas son choix et est prête à le renouveler.
Un changement générationnel
Marcos et Raquel ne voient pas d’inquiétude à utiliser les IA ; ils y voient une évolution naturelle des générations. “Nous avons simplement changé notre manière de lire, nous consommons du contenu via nos téléphones et autres appareils numériques”, précise Marcos.
La quête de raccourcis pour éviter la lecture n’est pas récente. Les étudiants ont toujours trouvé des moyens d’échapper aux livres : copier des résumés, demander des explications à des camarades ou utiliser des sites comme El Rincón del Vago.
L’impact croissant de l’IA
Avec l’essor de l’IA, éviter la lecture est devenu encore plus simple. Sur les réseaux sociaux, on trouve de nombreuses recommandations d’applications et de sites promettant de résumer n’importe quel texte ou livre. Des publications suggèrent des outils qui génèrent des cartes mentales, des présentations et même des podcasts, pour ceux qui n’ont pas le temps de lire.
Une utilisatrice de TikTok exprime son soulagement de ne pas avoir à lire “765 pages d’un PDF”, se contentant de résumés et de flashcards générées par une application.
Les statistiques encourageantes
Les jeunes continuent de lire
Malgré l’appétit pour l’IA, les statistiques de lecture en Espagne montrent un intérêt croissant : en 2025, plus de 65 % des Espagnols lisent pendant leur temps libre, défiant le stéréotype selon lequel les jeunes ne lisent plus.
Une dualité entre IA et lecture
Environ 62 % des jeunes de 12 à 21 ans utilisent l’IA pour des questions scolaires. Cependant, des inquiétudes subsistent, notamment la crainte de devenir trop dépendants de cette technologie. Les jeunes intègrent l’IA dans leur quotidien avec étonnante aisance.
Une éducation biaisée ?
Des enseignants comme Patricia Sánchez, professeur de langue et de littérature, s’inquiètent de l’effet néfaste que cette dépendance peut avoir sur le développement des compétences fondamentales, notamment la compréhension et l’analyse.
Utiliser l’IA pour remplacer la lecture pourrait nuire au développement des compétences requises pour comprendre et interpréter les textes. Les experts, dont ceux de l’UNESCO, avertissent que faire appel à l’IA peut nuire à la mémoire et à la capacité d’apprentissage.
Vers une intégration bénéfique de l’IA
Nerea Blanco, philosophe et écrivain, souligne que bien que l’IA puisse offrir des solutions ponctuelles, elle ne doit pas devenir une béquille intellectuelle. Les utilisateurs doivent être encouragés à penser par eux-mêmes, au risque de perdre leur capacité à raisonner.
La perspective de personnalités influentes de la technologie montre que ce changement d’approche pourrait se généraliser. Par exemple, des CEOs, tels que ceux de Microsoft et OpenAI, estiment la valeur des résumés informatiques plutôt que des lectures longues.
Une expérience humaine irremplaçable
Javier Bardón, professeur de psychologie sociale, insiste sur le fait que la littérature ne se résume pas seulement à une compréhension d’un texte. La lecture est un exercice émotionnel, une expérience qui ne peut être reproduite par une IA. “C’est comme voir des photos de Paris au lieu d’y être allé”, dit-il.
La clé réside dans l’intégration de l’IA dans le processus éducatif, l’utilisant pour enrichir l’expérience de lecture plutôt que de la remplacer. Une lecture accompagnée, soutenue par l’IA, peut éveiller la curiosité et renforcer la compréhension.

