A la fin des années 1980, une commande très spéciale est arrivée aux portes du studio Pininfarina. Le prince Jefri Bolkiah, frère du sultan de Brunei, souhaitait qu’on lui conçoive une nouvelle Ferrari exclusive, en imposant une seule condition : le projet devait rester totalement secret.
En fait, il a été si bien gardé que ni même Ferrari ne savait qu’il existait jusqu’à ce qu’une série de photographies le révèle au public et à la marque elle-même plusieurs décennies plus tard. Voici l’histoire des six uniques Ferrari F90 qui existent dans le monde, tellement mystérieux qu’aucun représentant de Ferrari ne les a encore jamais vus.
La commande secrète du prince
L’incroyable histoire de ce modèle unique a été révélée lors d’une interview accordée par Enrico Fumia, directeur de conception et développement de Pininfarina à la fin des années 80. À cette époque, le prince Jefri Bolkiah était l’un des meilleurs clients de Ferrari, achetant des voitures par douzaines pour sa collection qui comptait plus de 7 000 véhicules.
En 1988, un intermédiaire du prince Jefri a contacté le studio Pininfarina, responsable de la conception de certains des Ferrari les plus emblématiques, comme le Ferrari FF, California, F12 Berlinetta ou 458 Italia, par exemple.
La demande était claire : il souhaitait six unités exclusives d’une Ferrari réservées à lui-même. En contrepartie, le studio allait recevoir une somme d’argent considérable, à un moment où l’entreprise traversait des temps difficiles.
Sans entrer dans les détails financiers, le directeur de Pininfarina a indiqué que cet investissement faisait de Jefri Bolkiah la principale source de revenus du studio, surpassant même des marques comme Ferrari, Maserati ou Alfa Romeo. La seule exigence que le prince avait était que tout soit réalisé dans le plus grand secret. Si bien que Ferrari n’en apprit rien pendant 16 ans!
Le projet a été baptisé “F90”, nommé ainsi pour représenter “le Ferrari des années 90“. Le design basé sur le châssis de la Ferrari Testarossa — la star de l’époque — a reçu une carrosserie totalement nouvelle avec un habitacle et un toit uniques, tout en conservant le moteur, les roues et les rétroviseurs du modèle de base.
Innovation et complexité dans le design
Selon Enrico Fumia, “sans aucun doute, le F90 a été le projet le plus difficile et spectaculaire que nous ayons jamais réalisé”. Parmi les innovations les plus remarquables, il y avait un toit coulissant unique qui se glissait sur la lunette arrière, intégrant ainsi le supercar en un cabriolet.

Cette solution était totalement inédite pour l’époque, représentant un défi technique de taille. Mais les honoraires que versa le sultan de Brunei couvraient largement les coûts de développement.
Fabriquer un Ferrari sans que Ferrari le sache n’a pas été une mince affaire. Fumia a déclaré qu’ils essayaient le véhicule la nuit, sans aucun emblème d’IlCavallino Rampante et avec la carrosserie complètement camouflée. Ne disposant pas de pilotes d’essai, Fumia avouait qu’il participait parfois aux essais lui-même, notamment pour payer les péages avec une autre personne à ses côtés dans le véhicule.
Pour son design, Fumia s’inspira de modèles classiques de Ferrari comme le 500 Superfast de 1964, ainsi que du Ferrari 365 et du Ferrari 330, avec des lignes douces et aérodynamiques. Sous le capot, un moteur V12 bi-cylindrique de 4,9 litres développant 390 CV a été installé.
Après de nombreuses difficultés, les six unités du F90 furent livrées directement à Brunei, dans le plus grand secret, où elles ont été cachées dans la collection royale du sultan Hassanal Bolkiah, restant ainsi sous silence jusqu’en 2002.
Ferrari, quel Ferrari ?
Ce n’est qu’en 2002 que des photos mystérieuses ont commencé à circuler sur Internet, montrant les silhouettes inédits d’une Ferrari inconnue. Finalement, en 2005, Fumia a pu se réunir avec Ferrari et Pininfarina pour révéler le projet.
Le responsable de design a exprimé sa surprise face à la réaction de Maranello : “C’était meilleur que ce que nous aurions pu imaginer”. Ferrari a reconnu officiellement le F90 comme un Ferrari authentique, sans jamais l’avoir vu ni touché auparavant, déclarait l’ex-dirigeant de Pininfarina.
À ce jour, et uniquement par référence aux photos filtrées, on sait que les Ferrari F90 étaient peintes dans des teintes de noir, bleu, gris, rouge, blanc et vert. Mais aucune de ces voitures n’est jamais sortie de la collection royale ni n’a été utilisée publiquement, préservant ainsi le mystère et l’exclusivité qui les entourent encore aujourd’hui.


