Contaminer : rentable ou pas ?

La lutte contre les émissions de CO2 en Europe

Cette semaine, alors que la COP30 se tenait à Belém, le Parlement Européen a établi un nouvel objectif ambitieux : réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040. Cependant, la réticence à officialiser cet engagement jusqu’à la dernière minute reflète une baisse de la détermination dans la lutte environnementale.

Captage et stockage du carbone (CCUS) : une technologie controversée

L’Europe mise sur la technologie de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CCUS) pour atteindre ses objectifs climatiques. Il s’agit d’une méthode permettant d’attraper, de conserver et parfois de réutiliser les gaz polluants générés par les activités industrielles. Bien que perçue comme une option réaliste pour réduire l’empreinte carbone des secteurs difficiles à décarboniser, comme le ciment, la chimie et la métallurgie, elle suscite des inquiétudes parmi les écologistes qui craignent qu’elle ne soit exploitée comme prétexte pour continuer à polluer.

Le coût du captage par rapport à l’émission de CO2

Selon un rapport de BBVA Research, le coût moyen pour capturer une tonne de CO2 varie entre 100 et 200 euros, tandis que le prix pour émettre cette même tonne dans le cadre du marché européen des droits d’émission tourne autour de 60 euros. Par conséquent, soit l’évaluation montre que polluer reste moins coûteux que de décontaminer, soit cela décourage les investissements dans la technologie de CCUS. En effet, aucun des grands émetteurs européens n’a engagé d’investissements significatifs dans le captage de CO2.

La nécessité de réformer le système

Jusqu’à présent, de nombreuses industries ont bénéficié de droits d’émission gratuits, conçus pour prévenir la fuite de carbone en évitant que les usines ne se déplacent vers des pays aux régulations moins strictes. De 2016 à 2024, l’industrie espagnole a émis du CO2 d’une valeur de 17,5 milliards d’euros, tout en ne payant que 1,3 milliard en droits d’émission. Ce système a permis aux entreprises d’économiser plus de 16 milliards d’euros.

Vers une situation de changement

L’Europe envisage de réduire progressivement ce modèle. Avec la future application de l’ETS2 et la mise en œuvre d’un mécanisme de tarification pour certaines importations, l’idée est d’égaliser le coût environnemental des produits. Pourtant, les entreprises craignent d’investir dans des technologies de captage alors que les coûts déjà existants sont déjà élevés.

Le futur du captage de carbone

Des experts, comme Julián Cubero de BBVA Research, prévoient que la pression pour adopter les technologies de captage de CO2 augmentera d’ici 2026 à mesure que les droits d’émission deviendront plus coûteux. Charles Kirby d’EY souligne également que la viabilité économique de nombreux projets de captage dépendra de l’évolution du marché dans les années à venir.

Conclusion : la capture, une nécessité stratégique

Il est crucial de comprendre que le captage de carbone ne devrait pas être perçu uniquement comme une solution de dernier recours, mais comme une partie intégrante de la stratégie de décarbonisation. Bien que les défis financiers et techniques persistent, il est essentiel d’agir dès maintenant, afin d’anticiper la nécessité d’investir dans des solutions durables avant qu’il ne soit trop tard.

Les entreprises doivent commencer à considérer le captage comme une partie de leur avenir, plutôt que d’attendre que les coûts deviennent insoutenables. La transition vers un avenir sans carbone nécessite une approche proactive et intégrée.



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