La lutte pour la neutralité du savoir
Récemment, Elon Musk a émergé en tant qu’apôtre de la neutralité du savoir, bien qu’il le fasse de manière paradoxale en proposant sa propre vision de l’histoire à travers une IA qu’il contrôle exclusivement : Grokipedia. Comme le souligne La Sexta, Musk n’est pas le seul milliardaire à tenter d’imposer ses intérêts dans l’interprétation de la culture.
Depuis plus de trois siècles, les riches ont cherché à influencer la manière dont le monde accède au savoir, laissant des traces allant de l’Illumination à notre époque numérique. Les formats évoluent, des encyclopédies imprimées aux algorithmes d’intelligence artificielle, mais l’intention de dominer le récit reste.
Chrétien-Guillaume de Malesherbes et l’Encyclopédie
Au XVIIIe siècle, l’Europe était marquée par un contexte politique et religieux restrictif, censurant le savoir qui remettait en question le dogme. Chrétien-Guillaume de Malesherbes, un fonctionnaire influent, défendit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, défiant l’ordre établi en promouvant une vision scientifique et rationnelle.
L’Encyclopédie est devenue un symbole des Lumières, cherchant à libérer l’esprit humain par la raison et l’emprisme, générant un profond changement culturel. Malesherbes a fait face à la censure mais a défendu la science comme base d’émancipation intellectuelle.
Andrew Carnegie et les bibliothèques publiques
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, Andrew Carnegie a démocratisé l’accès au savoir en finançant les bibliothèques publiques gratuites. Né d’une famille ouvrière en Écosse et devenu riche grâce à l’industrie sidérurgique, Carnegie a constaté que de nombreuses bibliothèques privées étaient inaccessibles pour les plus pauvres.
Il a financé la construction de entre 2 500 et 3 000 bibliothèques, visant à rendre le savoir accessible à tous. Sa vision était que ces bibliothèques soient des centres communautaires offrant des opportunités d’apprentissage.
Bill Gates et Encarta : le savoir à l’ère numérique
Dans les années 90, Bill Gates a introduit l’enciclopédie multimédia Encarta, marquant une nouvelle façon d’accéder au savoir. Lancée en 1993, elle a offert une quantité d’articles, d’audios et d’images, mais a aussi mis en avant une stratégie commerciale ciblée sur les utilisateurs de Windows.
Malgré son attrait éducatif, Encarta a mis en péril l’accès libre au savoir, enrequérant un abonnement. Finalement, Wikipedia a bouleversé ce modèle en offrant un accès gratuit et encyclopédique.
Rupert Murdoch et la narration médiatique
Alors que d’autres modèles se concentraient sur le savoir enciclopédique, Rupert Murdoch a bâti un empire médiatique destiné à façonner l’opinion publique par des narrations idéologiques. Contrôlant des journaux et chaînes comme The Times et Fox News, Murdoch a opté pour un modèle orienté sur l’opinion plutôt que sur la neutralité de l’information.
Sa structure médiatique a influencé à grande échelle, dévoilant que le savoir est souvent biaisé par ceux qui le financent.
Elon Musk et Grokipedia
Dans un monde où l’information circulent rapidement, Musk a lancé Grokipedia, promettant une alternative “sans biais idéologique” à Wikipedia. Cependant, il a été critiqué pour reproduire des biais politiques spécifiques.
Ces figures montrent comment l’accès au savoir a toujours été lié au pouvoir économique et politique, depuis les Lumières jusqu’à nos jours. Chaque acteur a laissé une empreinte indélébile sur notre compréhension du monde.

