Le Débat sur le Désarmement des Centrales Nucléaires en Espagne

Le  démantèlement  des centrales nucléaires en Espagne soulève des questions complexes d’ordre  politique  et  économique . Alors que le pays s’engage dans la transition vers des sources d’énergie plus durables, le coût associé au désarmement et à la gestion des  déchets radioactifs  ne cesse d’augmenter, atteignant déjà plus de  20,3 milliards d’euros . Le sujet incite à une réflexion approfondie, car il constitue un point de tension entre les producteurs d’énergie et le gouvernement.

Une Facture en Croissance Continue

Selon un rapport de  Enresa , l’entreprise publique chargée de la gestion des déchets nucléaires, le coût total du  démantèlement  est estimé à  20,367 milliards d’euros . Cette somme inclut principalement le démantèlement des réacteurs, qui représente 17,5 milliards d’euros, ainsi que la gestion des déchets et du  combustible usé , qui s’élève à près de 2,85 milliards d’euros. Le reste couvre d’autres activités, telles que la gestion de l’usine de combustible de  Enusa  à  Salamanque .

Vous l’aurez compris, ce montant colossal se révèle inquiétant. Le fonds qui finance ces opérations, alimenté par les contributions des entreprises électriques, ne couvrait qu’environ  43 %  du coût total en 2024, laissant un  déficit  de près de  11,7 milliards d’euros  encore à financer.

Le Changement Apporté par le 7ème Plan Général de Déchets Radioactifs

Avec l’ approbation  du 7ème Plan Général de Déchets Radioactifs (PGRR) à la fin de 2023, le processus de gestion des déchets a pris un nouveau tournant. Ce plan abandonne le projet du  stockage temporaire centralisé  à Villar de Cañas, optant plutôt pour des  installations de stockage temporaires indépendantes  sur chaque site nucléaire, dans l’attente d’un  stockage géologique profond  prévu pour 2072.

Le PGRR prolonge les prévisions jusqu’en 2100 et repousse le  fermeture  de l’ensemble du parc nucléaire à 2035, avec les centrales de  Trillo  et  Vandellós II  comme dernières à s’éteindre. Une obligation annuelle de révision des prévisions a également été mise en place pour ajuster les coûts en fonction de l’inflation et des nouvelles conditions techniques.

Les Électriciens et leurs Objections

 Iberdrola  et  Endesa , deux des plus grandes entreprises électriques d’Espagne, affirment que ce système de coûts est  non viable . Elles ont introduit des recours judiciaires contre l’augmentation de 30 % de la  taxe Enresa  et réclament des compensations financières substantielles. De plus, elles appellent à une réouverture du calendrier de fermeture, soutenant qu’une prolongation de la vie des réacteurs allégerait la pression sur le système électrique.

Un rapport de la société de conseil  EY  indique qu’Espagne fait face à la plus lourde  charge fiscale nucléaire  d’Europe, avec 27,3 euros par mégawatt-heure en impôts spécifiques, plaçant les entreprises espagnoles en situation de  désavantage  par rapport à d’autres pays.

La Ligne Rouge du Gouvernement Espagnol

Le gouvernement espagnol reste ferme sur sa position : les coûts liés au démantèlement et à la gestion des déchets ne doivent pas être transférés aux consommateurs. La ministre de la Transition écologique,  Sara Aagesen , a établi des conditions précises pour toute prolongation de l’exploitation des centrales : aucun coût supplémentaire pour les citoyens, garantie de sécurité d’approvisionnement, et respect strict des normes du  Conseil de Sécurité Nucléaire  (CSN).

Le gouvernement assure qu’il n’y a pas de négociations formelles pour prolonger la vie des centrales et accuse les entreprises de vouloir transférer leurs coûts à la société.  Joan Groizard , le secrétaire d’État à l’Énergie, a déclaré aux médias que la pression sur les consommateurs n’était pas envisageable.

Prévisions et Incertitudes à Venir

Les coûts de démantèlement pourraient encore  augmenter , comme l’illustre le cas français où la  Commission Nationale d’Évaluation des Déchets  a révisé le coût du site de  Cigéo  entre 26,1 et 37,5 milliards d’euros, ce qui représente une augmentation de 60 % par rapport à 2016.

En Espagne, le 📜  9ème Plan de R&D (2024-2028)  de  Enresa  prévoit 31 millions d’euros pour la recherche sur la gestion des déchets, une somme modeste au regard des milliards en jeu, mais cruciale pour réduire les risques à long terme.

Un Débat au-delà du Simple Démantèlement

Le débat sur le démantèlement des centrales nucléaires ne se limite pas à l’aspect économique. L’équilibre du système électrique est également concerné. Au cours de l’été, un paradoxe a été mis en lumière : malgré une production solaire record en Europe, les factures ont considérablement augmenté en raison de la nécessité d’utiliser le gaz pendant les heures nocturnes. La  nucléaire  a, jusqu’à présent, joué le rôle de stabilisateur, mais cette situation ne résout pas les problèmes structurels, et elle n’est qu’un  report  du problème, augmentant les coûts et accentuant la problématique des déchets radioactifs.

La question demeure : peut-on se passer de l’énergie nucléaire avant que le réseau ne soit capable d’assurer la même stabilité sans faire exploser les prix de l’électricité ? Pour le gouvernement, la réponse réside dans une  accélération  des énergies renouvelables et le développement de solutions de stockage. Pour les entreprises, la solution passe par la prolongation de la vie des centrales nucléaires.

Cette question du démantèlement des centrales nucléaires en Espagne met en lumière des enjeux non seulement financiers, mais également environnementaux et sociétaux qui nécessitent une attention réfléchie et immédiate.



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