Le Kiwi Vert : Une Révolution dans la Réglementation Européenne

Le kiwi vert vient de marquer un tournant historique dans la réglementation alimentaire en Europe. En effet, pour la première fois, la Commission Européenne a accordé une déclaration de propriétés santé spécifique à cette fruit frais, certifiant ainsi les vertus de celui-ci sur notre bien-être intestinal. Cette décision, qui semble valider les recommandations de nos grands-mères, s’accompagne néanmoins d’un large éventail de possibilités marketing.

Une Victoire pour les Marques

Bien que cette nouvelle puisse paraître comme un succès pour la science et les consommateurs, elle illustre également les subtilités du marketing au sein de l’industrie alimentaire, ainsi que les méandres d’une réglementation européenne parfois opaque. La demande, initiée par Zespri, un des géants du kiwi en Nouvelle-Zélande, a été un processus long de sept ans. Si la décision finale célèbre un bénéfice tangible, elle soulève également des interrogations sur notre perception de ce qui est véritablement « sain ».

Un Long Parcours pour une Déclaration de Santé

Pour qu’un aliment puisse se revendiquer d’un lien avec la santé, il ne suffit pas de sortir les arguments d’un bureau de marketing. Depuis près de deux décennies, l’Union Européenne impose des règles strictes afin d’éviter toute publicité mensongère. En 2018, Zespri a présenté sa demande à la Commission Européenne, arguant que le kiwi contribue à maintenir une fonction intestinale normale. Pour soutenir leur requête, l’entreprise a fourni 19 études scientifiques.

Le verdict scientifique n’a été rendu qu’en 2021, lorsque l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) a évalué les preuves scientifiques afin de déterminer si elles justifiaient cette nouvelle déclaration. Cela a pris trois ans, un délai nécessaire pour garantir la rigueur de la démarche.

Une Déclaration sous Conditions

Le document officiel a statué que « le consommation de kiwi vert contribue au fonctionnement normal de l’intestin en augmentant la fréquence des déjections ». Bien que la complexité législative permette des simplifications, attendez-vous désormais à voir des publicités qui clameront que le kiwi « aide à aller aux toilettes ».

Cependant, cette déclaration ne s’applique qu’aux kiwis verts frais de la variété Hayward, et les consommateurs doivent être informés que pour bénéficier de cet effet, il faut consommer 200 grammes de pulpe par jour, soit environ deux kiwis de taille normale.

Une Visibilité Méritée mais Contestable

Dans cette affaire, il est important de noter que Zespri revendiquait des propriétés intrinsèquement uniques à son produit, basées sur une combinaison spécifique de fibres, d’enzymes et d’autres substances. Toutefois, l’EFSA a conclu que l’effet du kiwi sur la défécation n’était pas nécessairement meilleur que celui que l’on pourrait attendre d’autres sources de fibres alimentaires.

En effet, 200 grammes de kiwi apportent environ six grammes de fibres, mais cette quantité n’est pas exclusive au kiwi. De nombreux autres aliments fournissent des niveaux similaires de fibres à un coût souvent inférieur.

La Fibre : Une Propriété Partagée

Prenons quelques exemples :

  • Une tasse de lentilles cuites (environ 180 g) contient plus de 15 grammes de fibres.
  • Une portion de framboises (125 g) offre environ 8 grammes de fibres.
  • Un plat de pâtes complètes (80 g à sec) atteint près de 7 grammes de fibres.
  • Deux poires moyennes apportent également environ 6 grammes de fibres.

Ainsi, bien que nous puissions admirer les bénéfices du kiwi, il apparaît clairement que ces avantages ne relèvent pas d’une magie diététique, mais de la présence de fibres, un nutriment que l’on trouve dans de nombreux aliments.

Une Stratégie Marketing Efficace

La nouvelle déclaration fait office de précédent, mais aussi de rappel sur les stratégies utilisées par l’industrie alimentaire. Il est à noter qu’un produit contenant une quantité significative d’un nutriment pouvant revendiquer une déclaration de santé, comme la vitamine D, peut être promu efficacement.

Un exemple illustratif est celui d’Actimel, qui n’a pas pu obtenir de déclarations spécifiques pour sa bactérie probiotique. La solution ? Enrichir le produit avec des vitamines pour lesquelles il existe des déclarations autorisées, comme « contribue au fonctionnement normal du système immunitaire ». De là à l’emblématique slogan « aide à tes défenses », il n’y a qu’un pas.

Un Équilibre Nutritionnel à Retrouver

Cette tendance à valoriser les aliments sur la base d’une seule fonction, comme le cas du kiwi pour la constipation, élude les aspects nutritionnels globaux. Il est essentiel de souligner que, si consommer deux kiwis par jour peut aider, cela ne remplace pas une alimentation équilibrée. Pour contrer les problèmes de santé, tels que la constipation, il est impératif de considérer l’ensemble de son régime alimentaire.

Les Défis de la Réglementation Alimentaire

Malgré ces avancées, la législation européenne peine à imposer des profils nutritionnels qui limiteraient les abus en matière de marketing. L’idée initiale consistait à permettre des déclarations de santé uniquement si les aliments respectaient certains critères nutritionnels. Malheureusement, des années de pression de l’industrie ont assoupli cette approche.

En conclusion, l’approbation accordée au kiwi peut sembler être une victoire pour l’industrie alimentaire et la science. Cependant, cette situation souligne aussi comment une entreprise bien positionnée peut naviguer dans un système complexe pour obtenir un avantage marketing. A terme, il est crucial d’adopter une vision holistique pour préserver notre santé, où la consommation variée est tout aussi importante que les super-aliments promus.



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