La gestion ancestrale des forêts : Un modèle à préserver
Les incendies forestiers en Espagne suscitent aujourd’hui une grande inquiétude. Avec des dizaines de milliers d’hectares calcinés, des évacuations massives et des pertes humaines tragiques, le sujet est au cœur des débats. Pourtant, le Collège des Ingénieurs des Forêts (COIM) a récemment partagé une lueur d’espoir en évoquant une ancienne méthode de gestion forestière, connue sous le nom de “sorte de pinos” . Cette pratique a permis à certaines collectivités rurales des provinces de Soria et de Burgos de se prémunir des ravages des flammes.
Qu’est-ce que la “sorte de pinos” ?
La “sorte de pinos” n’est pas une magie, mais elle repose sur une gestion forestière ancestral. Ce système de droits et devoirs sur les forêts a été établi au Moyen Âge et a permis de créer un lien fort entre la communauté locale et les ressources forestières. Dans la région de Tierra de Pinares , qui n’a pas connu d’importants incendies depuis plus de 20 ans, ce modèle offre un cadre de protection. Lorsqu’un incendie a récemment été causé par la foudre à Vinuesa, il a été rapidement maîtrisé, renforçant la conviction que cette gestion joue un rôle essentiel dans la prévention des grands feux.
Les spécificités de la gestion forestière en Soria
La pratique de la “sorte de pinos” repose sur le partage des ressources forestières entre les membres d’une communauté. Traditionnellement, cela se faisait par le biais de loteries, où les participants pouvaient obtenir du bois ou de la chaleur en échange du respect de certains règles qui attestent de leur implication dans la localité. Ce modèle a été formalisé au fil du temps par des réglementations et des accords, aidant ainsi à éviter la dépopulation , tout en favorisant une économie locale dynamique.
Une méthode enrichie par l’histoire
Les premières références écrites de ce système remontent au 16ème siècle, mais son histoire est bien plus longue. Les privilèges accordés aux communautés par les rois ont garanti leur droit à l’utilisation des ressources des forêts. Au fil des siècles, ce lien s’est renforcé, permettant de conserver une pratique qui fait désormais partie intégrante de l’identité culturelle des habitants.
La durabilité comme fondement
Le succès de ce modèle repose également sur sa capacité à s’adapter aux enjeux contemporains. Les municipalités et les entités locales sont chargées de la gestion et de la distribution des ressources, ce qui leur permet de mieux répondre aux besoins des habitants. De plus, cette gestion contribue à sensibiliser les habitants à l’importance de l’environnement et à les inciter à lutter activement contre les incendies.
Un combat contre les incendies
Face aux incendies qui ravagent certaines parties de l’Espagne, il est crucial d’apprendre de modèles comme la “sorte de pinos”. Des chercheurs et des responsables forestiers s’interrogent sur la question : “Pourquoi Soria ne brûle-t-elle pas ?” Cette interrogation est d’autant plus pertinente avec les 600.000 hectares de superficie forestière que possède la région. La réponse, selon Pablo Sabín, directeur du Centre de Services et Promotion Forestière, repose sur une gestion intégrée, impliquant l’administration, la communauté et une tradition enracinée dans le respect de l’environnement.
Une intégration moderne et une décentralisation des ressources
Dans un monde où les crises environnementales sont fréquentes, il est nécessaire d’innover tout en s’inspirant de pratiques ancestrales. Le système de la “sorte de pinos” n’est pas figé ; au contraire, il évolue pour répondre aux défis modernes. En intégrant la technologie et la connaissance des pratiques ancestrales, cette méthode peut devenir un exemple à suivre pour d’autres régions touchées par les incendies. La distribution des ressources, que ce soit sous forme de bois ou de revenus financiers, est étroitement liée à la participation et à l’implication des communautés locales.
Le modèle de gestion présenté par la “sorte de pinos” valide un principe fondamental : la bonne gestion des ressources naturelles repose sur le respect des interactions sociales et environnementales. Alors que le monde fait face à des défis écologiques croissants, il est impératif de s’appuyer sur des pratiques qui favorisent la durabilité et la résilience des communautés face aux catastrophes environnementales. Se tourner vers des modèles comme celui de Soria pourrait bien être une clé pour un avenir plus sûr et plus durable.

