Un Projet de Connectivité Sous-Marine entre les Îles Canaries et l’Afrique

Le projet de câble  sous-marin  de 49 millions d’euros vise à relier les Îles Canaries à  l’Afrique . Ce projet ambitieux, intitulé “Anillo de las Islas”, établira d’abord une connexion entre  Gran Canaria ,  Lanzarote , et  Fuerteventura  à l’aide d’une fibre optique de dernière génération. Cependant, il s’arrêtera juste avant le  Sahara Occidental , une zone de conflit complexe.

Le Contexte du Projet

Le gouvernement canarien a été très clair : “Le câble va jusqu’à  Tarfaya , mais n’a rien à voir avec le  Sahara Occidental .” Cependant,  Marrakech  a d’autres ambitions. La ville de Tarfaya, la dernière ville marocaine avant le Sahara Occidental, est où le gouvernement marocain voit un potentiel pour étendre cette connexion vers ce qu’il appelle ses “provinces du sud”. Ceci est un euphémisme pour désigner le territoire sahraoui occupé par le Maroc depuis 1975, années où l’Espagne a mis fin à sa colonisation.

Pourquoi le Câble Sous-Marin est Crucial

Les câbles sous-marins sont véritablement les  autoroutes de l’Internet . Actuellement, 99 % du trafic de données entre les continents transite par ces infrastructures vitales. Ce projet pourrait transformer les Îles Canaries en un  nœud numérique  entre l’Europe et l’Afrique, renforçant ainsi l’importance de cette région dans le domaine des  télécommunications .

Les Implications Légales

Le projet fait face à des  problèmes juridiques  majeurs. Selon le Tribunal de Justice de l’UE, toute activité économique au Sahara Occidental sans le consentement du  Front Polisario  est considérée comme illégale. Le Polisario, reconnu par les Nations Unies comme le représentant du peuple sahraoui, a déjà averti qu’il n’hésitera pas à porter l’affaire devant les tribunaux si le câble pénètre sur son territoire.

Un Dilemme Politique pour l’Espagne

Depuis que  Pedro Sánchez  a exprimé son soutien en 2022 pour le plan d’autonomie marocain, l’Espagne tente de jongler entre ses intérêts économiques avec le Maroc et ses obligations  internationales . Ce câble, financé par des fonds européens, pourrait compliquer cette situation délicate. En effet, si l’infrastructure facilite l’expansion marocaine dans le Sahara, l’Espagne pourrait finir par être traînée devant la justice européenne.

Le Financement et le Calendrier du Projet

Les premières étapes de construction du câble ont déjà commencé. Voici quelques chiffres clés :

  • 49 millions d’euros de budget total.
  • 20 millions d’euros provenant du  Banque Européenne d’Investissement .
  • 7,5 millions d’euros en fonds supplémentaires pour la connexion à Tarfaya.

En février, des techniciens de  Canalink —la société publique canarienne—se sont rendus à Tarfaya pour analyser le terrain et planifier le tracé sous-marin. La fabrication du câble est prévue pour 2025, et son déploiement est attendu pour 2026.

Les Précédents Historiques

Ce n’est pas la première fois que les Canaries établissent une connexion avec le Maroc. En effet, depuis 2011, un câble les relie à  Asilah , dans le nord du pays. Cependant, ce dernier projet n’a suscité aucune controverse car il est éloigné des  territoires disputés .

Les Risques de Conflits Juridiques

Ce projet pourrait devenir un point de tension. Le Front Polisario a un  historique  de réussites devant les tribunaux européens, ayant annulé des accords de pêche et d’agriculture entre l’UE et le Maroc pour avoir inclu sans autorisation des ressources sahraouies. Selon  Abdulah Arabi , représentant du Polisario en Espagne, “nous ferons tout pour garantir les droits du peuple sahraoui”, mettant ainsi le projet de câble sous les projecteurs.

Les Perspectives d’Avenir

Le projet continuera à avancer, car les Canaries ont un besoin urgent de cette connexion. La véritable question demeure : l’Espagne pourra-t-elle maintenir l’illusion légale que ses responsabilités s’arrêtent à Tarfaya ? Si le Maroc élargit le câble au Sahara en utilisant une infrastructure financée par l’UE, cela pourrait entraîner un nouveau conflit pour l’Espagne, entre ses intérêts économiques et ses obligations envers un territoire abandonné depuis plus de 50 ans.

Ce projet n’est pas seulement une question de  télécommunications , mais également de souveraineté et de respect des droits du peuple sahraoui, ce qui pourrait ouvrir un nouveau chapitre de tensions géopolitiques entre les différents acteurs impliqués.



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