ChatGPT : Un nouvel atout pour l’administration publique

L’intelligence artificielle (IA) prend peu à peu ses marques au sein de l’administration publique, comme en témoigne l’exemple du Ayuntamiento de Bétera en Espagne. Ce dernier a décidé d’intégrer ChatGPT parmi ses employés pour améliorer son efficacité. Selon Marcos Gallart, le vicesecrétaire de l’urbanisme de Bétera, l’utilisation de cette technologie permettrait d’économiser 20% de temps dans la rédaction des rapports administratifs. Bien que ces avancées soient prometteuses, elles soulèvent également des questions importantes concernant l’utilisation de l’IA dans un cadre si complexe et réglementé.

Les défis de l’adoption de l’IA

Si ChatGPT peut faciliter diverses tâches administratives, un point crucial demeure : la formation. Comme l’indique Gallart, il est essentiel que les employés soient correctement formés afin de savoir comment utiliser ces outils de manière judicieuse. La dimension et la complexité de l’administration publique font que cette transition vers l’intégration de nouvelles technologies est loin d’être simple. Un manque de préparation pourrait mener à des utilisations inappropriées, voire à des erreurs coûteuses pour les collectivités.

Absence de réglementation claire

Malgré l’obsession réglementaire de l’Union européenne (UE) et de l’Espagne concernant l’IA, il n’existe pas de cadre clair encadrant son utilisation par les fonctionnaires. Que ce soit des enseignants, du personnel médical ou des juges, environ 1,6 million de travailleurs pourraient bénéficier de ces technologies, mais doivent les utiliser avec prudence. L’absence de cadre normatif peut créer des situations de vente à perte de la confiance des citoyens dans les institutions publiques.

Les dérives possibles du recours à l’IA

Le recours à l’IA par les institutions publiques n’est pas sans risque. Un exemple frappant est celui de la Police Nationale en Espagne. Après six ans d’utilisation de l’IA pour détecter les dénonciations fausses, la fiabilité du système a été mise en question. Dans le cadre du récent « cas Ábalos », l’IA a été utilisée pour transcrire des déclarations de témoins, mais le résultat a révélé des incohérences notables. Plus préoccupant encore, le système de l’IA VioGén, censé aider à traiter les cas de violence de genre, a causé des tragédies.

Le futur de l’IA dans l’administration

Le ministère de la Fonction Publique en Espagne a récemment proposé d’intégrer l’IA dans l’administration territoriale avec un investissement de 14 millions d’euros. Cet effort vise à créer une plateforme souveraine d’IA pour faciliter les procédures administratives. Le ministre Óscar López a affirmé que cela aboutirait à une “révolution” dans la manière dont l’administration fonctionne, comparable à Internet.

Les dangers pour la confidentialité et la sécurité

Interroger ChatGPT sur des sujets personnels comporte des risques. La réponse fournie par le chatbot peut ne pas être précise, et le stockage de ces données peut poser un problème sérieux. Si un fonctionnaire soumet des documents sensibles pour les faire analyser, ces informations peuvent se retrouver compromises. Des fuites de données peuvent survenir, mettant ainsi en péril la confidentialité des citoyens.

Les citoyens, victimes potentielles

L’utilisation massive de l’IA dans l’administration publique engendre une double menace. D’une part, elle peut améliorer l’efficacité des services publics, mais d’autre part, une mauvaise utilisation peut entraîner des erreurs graves. Les données personnalisées risquent d’être mal gérées, et des décisions peuvent être prises sur la base d’informations erronées. Un fonctionnaire pourrait, par exemple, croire que la réponse fournie par un outil d’IA est correcte sans une vérification appropriée.

Solutions pour rassurer les utilisateurs

Pour pallier ces préoccupations, certaines entreprises offrent des services avec des plans de Zero Data Retention (ZDR). Cela signifie que les données introduites ne sont pas conservées sur les serveurs du fournisseur. OpenAI, via sa version ChatGPT Enterprise, permet aux professionnels d’utiliser l’IA sans craindre des problèmes de fuite de données. D’autres entreprises, telles que Microsoft, proposent également des solutions similaires.

Un encadrement législatif nécessaire

En mars dernier, un projet de loi a été approuvé afin de réguler l’usage de l’IA dans l’administration. Cette législation vise à établir un cadre éthique et inclusif pour l’application de l’IA. Cependant, des critiques émergent concernant le fait que cette réglementation ne soit pas suffisamment stricte, notamment en ce qui concerne les mauvais usages. Les articles 25, 26 et 27 laissent entendre que des violations des normes relatives à l’utilisation de l’IA dans l’administration seraient considérées comme des manquements mineurs.

Il est donc essentiel de poursuivre les réflexions autour de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur public. L’introduction d’outils comme ChatGPT peut constituer un atout considérable, mais il est crucial de mettre en place des  mesures de protection  pour éviter des dérives qui pourraient compromettre l’intégrité des institutions et la  confiance  des citoyens. Une régulation adaptée et une  formation appropriée  des utilisateurs seront des éléments fondamentaux pour garantir une utilisation éthique et bénéfique de ces technologies.



F1-ES