La découverte fascinante du Real Canal du Manzanares à Madrid
Lors de travaux d’excavation à Madrid, le sol s’est transformé en véritable coffre au trésor pour les archéologues. En effet, lors de l’élargissement de la ligne 11 du métro , l’équipe en charge des travaux a fait une découverte inattendue : un muret du Real Canal du Manzanares , un projet audacieux imaginé par Philippe II . Ce dernier avait rêvé d’une voie fluviale reliant Madrid à l’Atlantique, dans le but de faciliter le transport maritime. Mais face à une découverte aussi précieuse, une question s’est rapidement posée : comment conserver un vestige si délicat tout en continuant les travaux ?
Un projet ambitieux sous pression
Les travaux de construction de la ligne 11 du métro sont souvent entravés par la présence de restes archéologiques . L’existence du Real Canal du Manzanares n’a cependant pas été une surprise pour les experts. Selon l’archéologue Esther Andreu , cette découverte était attendue : “Ce n’est pas la première fois que nous trouvons ce genre de vestiges dans la région,” a-t-elle déclaré. Ce canal, bien qu’inachevé, constitue un élément clé de l’histoire de Madrid et fait l’objet d’une attention particulière en raison de sa valeur patrimoniale.
Le rêve de Philippe II
Le Real Canal du Manzanares représente l’un des rêves les plus fous de Philippe II . Au XVIe siècle, il imagina un canal de 600 km reliant Madrid à Lisbonne , imitant ainsi les systèmes de navigation qu’il avait observés en Flandre . Ce projet ambitieux aurait nécessité la construction d’une série de écluses , permettant aux barques de naviguer. Malheureusement, malgré les efforts des rois qui lui ont succédé, le canal ne fut jamais achevé dans sa totalité, limitant sa longueur à seulement 22 km .
Les défis de la construction
Les obstacles rencontrés lors de ce projet furent nombreux. La mort de l’ingénieur Juan Bautista Antonelli , les difficultés de financement et le détachement politique vis-à-vis du Portugal, ainsi que la montée du ferroviaire au XIXe siècle, ont contribué à son échec. Néanmoins, le canal demeure un symbole emblématique du passé architectural de la ville de Madrid, dont les morceaux reposent encore sous la surface dans certaines zones.
Conserver les vestiges du canal
La question de la conservation des vestiges découverts est cruciale. Le muret en question n’est pas simplement un morceau de maçonnerie : il représente un patrimoine historique. Il pourrait être exposé dans la station de Madrid Río , bien que cela représente un défi colossal. La structure, mesurant environ 9 mètres de large et 1,5 mètre de profondeur , nécessitait une manipulation délicate.
Un projet inspiré de l’Antiquité
Pour résoudre ce dilemme, l’équipe dirigée par Miguel Ángel López Marcos a adopté une approche novatrice, inspirée des techniques utilisées dans l’ Ancien Égypte . Au lieu de démonter la structure, ce qui risquerait de l’endommager, ils ont décidé de l’extraire en un seul bloc. Cette méthode, cependant, nécessitait la création d’une jaula de protection , permettant de sécuriser le mur tout en le déplaçant.
Une extraction délicate
Ce procédé a impliqué la construction d’une base en acier robuste, capable de supporter le poids de la structure, qui s’élève à environ 14 tonnes . L’utilisation de vigas et de cylindres hydrauliques a permis d’abaisser le mur en toute sécurité vers un camion grue, qui a ensuite transporté les vestiges vers la zone de stockage. Le processus de chargement a été effectué manuellement afin d’éviter tout dommage supplémentaire au précieux vestige.
Vers une exposition publique
Une fois le mur en sécurité, l’objectif principal est de le restaurer et de l’exposer au public, afin de rendre hommage à cette ambition maritime avortée de Madrid. Une fois les travaux de la station de Madrid Río terminés, les visiteurs auront l’occasion de découvrir ce vestige historique, témoignant d’un projet qui, bien que partiellement inabouti, a marqué l’histoire de la capitale espagnole.
En somme, cette découverte inattendue rappelle non seulement la richesse du patrimoine historique de Madrid, mais aussi les défis contemporains auxquels sont confrontés les archéologues. La capacité à intégrer un passé glorieux dans le présent et le futur reste un enjeu fondamental dans le développement urbain.

