Préparation à la catastrophe : l’innovation au service de la sécurité au Japon
La mémoire est parfois une fragile, surtout dans des situations de panique comme lors d’une alerte au tsunami . Cependant, le peuple japonais a démontré sa capacité à évacuer de manière ordonnée les zones côtières. Cette aptitude n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’années de préparation et d’exploration de méthodes innovantes pour former ses citoyens.
Contexte : un séisme révélateur
Récemment, un séisme de magnitude 8,7 près de la péninsule de Kamchatka a déclenché une alerte sur toute la côte est du Japon, obligeant près de deux millions de personnes à évacuer leurs domiciles. Bien que les vagues n’aient pas dépassé un mètre cinquante, les sirènes ont rappelé une vérité glaçante : lorsque l’eau se rapproche, chaque seconde et chaque décision comptent.
Les limites des simulacres
Pourtant, un problème subsiste : les simulacres sont souvent sous-estimés par la population. Au regard de ce défi, plusieurs universités japonaises ont, depuis 2020, développé des solutions novatrices qui associent la nécessité vitale d’une évacuation rapide à une des plus grandes passions du pays : les vidéos et les jeux vidéo.
Retour sur le tremblement de terre de 2011
Pour comprendre cette volonté de “gamifier” les évacuations, il suffit de se remémorer le tremblement de terre de 2011. Ce désastre naturel, qui a causé plus de 22 000 morts et disparus, a mis en lumière les failles des plans d’évacuation. Plus de 60 % des évacués avaient choisi d’utiliser leur véhicule, convaincus d’atteindre plus rapidement un lieu sûr. Cette décision a conduit à un chaos prévisible, avec d’immenses embouteillages piégeant des milliers de personnes dans des zones inondables.
Une réalité désastreuse
De manière inquiétante, bien que les autorités recommandent d’évacuer à pied, des enquêtes récentes ont montré que près de 50 % des Japonais préfèreraient reprendre leur voiture lors d’une alerte au tsunami. Ce phénomène crée une situation extrêmement dangereuse, où piétons et véhicules se livrent une course contre la montée des eaux.
Des simulations numériques pour des évacuations réelles
Dans ce contexte, les simulacres numériques prennent tout leur sens. Ils permettent de recréer le chaos d’une évacuation avec l’implication de voitures et de piétons, à un niveau que les simulacres physiques ne peuvent atteindre. Cela permet d’entraîner les citoyens à faire face aux dangers réels auxquels ils seront confrontés.
Utilisation de la réalité virtuelle avec Unreal Engine
Le Nippon Institute of Technology a mis au point un simulateur dénommé : Application de Formation d’Évacuation en cas de Tsunami . Basée sur des techniques d’évacuation éprouvées, cette application de réalité virtuelle, développée avec Unreal Engine 4, place l’utilisateur dans des lieux réels du Japon à haut risque d’inondation.
Le simulateur pose la question suivante : « Que devrais-tu remarquer dans cette situation ? » L’utilisateur doit alors toucher l’élément qu’il identifie comme étant un risque ou une opportunité. Cela peut être un feu de circulation , un bâtiment élevé désigné comme abri, un piéton hésitant ou un véhicule qui grille un stop. Pour inciter les utilisateurs à pratiquer régulièrement, l’application intègre des éléments de gamification , comme la possibilité de gagner des badges en complétant régulièrement les sessions d’entraînement.
Évaluer l’efficacité de l’application
Pour en vérifier l’efficacité, les chercheurs ont effectué un test avec 25 citoyens de Nishio. Les participants ont d’abord réalisé une évacuation virtuelle dans un simulateur immersif, utilisant un casque de réalité virtuelle (HTC Vive Pro Eye) pour les évacuations à pied et un volant pour les évacuations en voiture. Leur comportement a été observé et ils ont été interrogés sur ce qu’ils considéraient comme important lors d’une évacuation.
Résultats prometteurs, mais des défis à surmonter
Les résultats, publiés dans la revue Geosciences, sont révélateurs. Après avoir utilisé l’application, les participants se sont montrés beaucoup plus rapides et efficaces pour identifier les dangers immédiats dans leur environnement, tels que des piétons ou d’autres véhicules. Cependant, ils ont continué à avoir des difficultés pour repérer des éléments importants mais distants, comme un hôpital ou un bâtiment élevé servant d’abri. Leur attention était principalement concentrée sur ce qu’ils avaient juste devant eux, en particulier les personnes âgées, qui ont mis plus de temps à réagir et affichant des taux de réussite plus bas.
Ces résultats soulignent l’importance de continuer à innover dans l’entraînement et la préparation à des situations d’urgence, tout en gardant à l’esprit les limitations humaines face au stress et à l’urgence. En alliant technologie et pédagogie, le Japon ouvre la voie à de nouveaux moyens d’assurer la sécurité de sa population face à des catastrophes naturelles.
