La controverse autour de Palantir : enjeux et implications

Plusieurs Länder allemands utilisent déjà le logiciel de données de la célèbre entreprise américaine Palantir. Cependant, cette approche soulève des préoccupations majeures, notamment en matière de protection des données et de respect de la législation. Le dernier en date à entrer dans la tourmente est le land de Bade-Wurtemberg, où un contrat avec Palantir a récemment suscité un vif débat.

Un contrat controversé

Ce que les partis verts qualifient de “désastre Palantir”, semble troubler le ministère de l’Intérieur dirigé par la CDU. Ce dernier a conclu un contrat avec la société, dont l’un des cofondateurs, Peter Thiel, est une figure controversée en raison de ses positions politiques. Les critiques affirment qu’il n’existe pas de base légale adéquate pour utiliser le logiciel développé par Palantir.

Le programme, nommé “Gotham”, est conçu pour analyser de vastes ensembles de données et établir des connexions entre celles-ci. Son nom fait référence à la ville fictive des comics “Batman”, où le super-héros traque les criminels. Palantir promet donc que Gotham fait également cela, mais les préoccupations quant à la vie privée continuent de croître.

Avertissement concernant un instrument intrusif

Tobias Keber, le commissaire à la protection des données de Bade-Wurtemberg, a dénoncé cet outil comme un “instrument hautement intrusif”. Il souligne que les données de personnes totalement non impliquées pourraient également être traitées. Actuellement, aucune réglementation ne soutient l’utilisation de ce logiciel, pourtant, la région a signé un contrat de cinq ans avec une dépense de près de 25 millions d’euros.

Un débat au niveau fédéral

Le débat autour de Palantir ne se limite pas à Bade-Wurtemberg. Des responsables politiques de tout le pays commencent à s’intéresser à cette question. Le ministre de l’Intérieur du land de Saxe, Armin Schuster, ainsi que d’autres membres de l’Union, demandent un usage généralisé d’une version modifiée du logiciel de Palantir. Ils affirment qu’aucune autre application n’est à la hauteur de celle de Palantir.

En revanche, la SPD s’oppose à cette position. Elle craint que l’utilisation de ce logiciel n’entraîne une dépendance vis-à-vis d’une entreprise américaine. Le porte-parole en matière de politique intérieure, Sebastian Fiedler, critique également le soutien financier indirect à Thiel par le biais de fonds publics, le qualifiant de “menace pour la démocratie”.

Un gouvernement qui semble désinformé

Dans le land, le ministère de l’Intérieur est chargé de négocier avec Palantir. Pourtant, le ministre Thomas Strobl déclare ne pas être impliqué dans ces négociations. En effet, son secrétaire d’État, Thomas Blenke, fait face aux reproches des députés, expliquant que le logiciel est conforme aux exigences policières. Il admet cependant que la loi actuelle sur la police ne permet pas les opérations de traitement des données telles que prévues par Palantir.

Lors d’une navigations houleuses au sein du Landtag, les députés verts se sont montrés sceptiques quant aux contrats signés : “Quelles sont les véritables implications de ces accords et comment pourrait-on en sortir?” se demande Oliver Hildenbrand.

Utilisation du logiciel dans plusieurs Länder

Actuellement, les autorités policières de Bavière utilisent un programme basé sur cette technologie. La base légale a été établie par le gouvernement bavarois par le biais d’une modification de la loi sur les tâches policières l’année passée. Ceci a permis le “data mining”, c’est-à-dire la fusion et l’analyse automatisées de grandes quantités de données.

Cependant, des critiques affirment que ces pratiques sont contraires à la législation. L’association pour les droits de la liberté a déposé plusieurs recours constitutionnels dans les Länder utilisant le logiciel Palantir, notamment en Hesse et au Nordrhein-Westfalen.

Les perspectives pour Bade-Wurtemberg

Quelles seront les prochaines étapes pour le contrat de 25 millions d’euros avec Palantir à Bade-Wurtemberg ? Il est actuellement en discussion et des interrogations demeurent quant à un potentiel changement de la législation policière pour permettre son utilisation, malgré les recours constitutionnels en cours dans d’autres Länder. Blenke se montre optimiste, mais d’autres personnalités politiques, notamment chez les Verts, restent dubitatives : “Nous ne pouvons pas modifier la loi simplement pour suivre des contrats sans réponses claires sur leurs implications.” La situation reste donc tendue, avec un avenir incertain pour l’usage de ce logiciel.



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