Le Pape Léon XIV : Un Voyage Émotionnel au Cœur du Pérou
“¡El Papa peruano! ¡El Papa peruano!”. C’est le cri qui résonne dans les rues de Piura, Chiclayo, Chulucanas et Trujillo, où l’actuel Pape Léon XIV — anciennement monseigneur Robert Prevost — a passé près de deux décennies comme missionnaire. Bien qu’il soit né à Chicago, pour les Péruviens, et en particulier ceux du nord, ce détail n’a que peu d’importance. “Le Pape est péruvien”, affirment-ils avec conviction.
Le 20 juin, le Vatican a lancé le documentaire León de Perú, une production du Dicasterium pour la Communication qui retrace le parcours de Prevost en terre péruvienne. Ce film présente des images inédites, des témoignages et des scènes de sa mission pastorale entre 1985 et 2007, dans des villes comme Chulucanas, Trujillo, Callao et Chiclayo, où il a établi un lien profond avec des communautés frappées par la pauvreté et inégalités.
La première projection du film a eu lieu à la Filmothèque du Vatican, et bien qu’aucune date officielle n’ait été annoncée pour sa diffusion au Pérou, l’impact escompté est déjà palpable, notamment parmi les paroisses et les quartiers qui se souviennent encore de son passage.
Le Parcours Inspirant de Robert Prevost
Le documentaire révèle un Prevost qui, avant d’être Pape, était tout simplement “le père Roberto”, un misionario qui a célébré des messes dans des cours de terre, arpenté les rues poussiéreuses en sandales et visité des travailleuses du sexe pour les écouter et les aider à quitter ce milieu. Les images de son rôle en tant qu’administrateur apostolique à Callao, ainsi que ses visites à des familles dans des quartiers dévastés par la violence ou les inondations, y sont également présentes.
Dans le nord du pays, sa figure est devenue un symbole de proximité. Des rues en mauvais état, des habitations modestes, des cantines improvisées, des églises décrépites et des couvents simples, ainsi que des patios communautaires ornés de son portrait, témoignent non seulement de son passage mais aussi de son style : réservé, attentif, à l’écoute. Loin des protocoles du Vatican, son lien avec le peuple était marqué par des gestes du quotidien.
Robert Francis Prevost est arrivé au Pérou en tant que missionnaire augustin dans les années 80. D’abord à Chulucanas, puis à Trujillo et enfin en tant qu’évêque à Chiclayo. Pendant ces années, il a promu des cantines populaires, organisé des retraites pour les populations vulnérables et parcouru les villages avec des vivres pendant les crises, comme durant la pandémie ou suite aux urgences causées par le phénomène El Niño.
Un Héritage Précieux en Temps de Crise
Un des moments marquants du documentaire est son intervention à Pachacútec, une zone périphérique de Callao, où il a envoyé quatre mille gallines et cochons pour nourrir les familles défavorisées. On le voit célébrer des messes dans des salles communautaires, organiser des rencontres avec des jeunes ou encore conduire lui-même son véhicule dans des quartiers éloignés pour y installer des images de la Vierge.
Le film montre aussi la simplicité de sa vie quotidienne, révélée à travers un exemplaire du Droit Canonique qu’il gardait sur sa table de nuit à Trujillo, à côté de photographies de fêtes d’anniversaire entouré de bougies, de pizzas et de danses traditionnelles. Cela peint le portrait d’un prêtre misionario, qui a toujours su rester serein et souriant, prêt à dialoguer avec quiconque.
Aujourd’hui, en tant que chef de la Église catholique, beaucoup de fidèles au Pérou le voient toujours comme “le père”, et non comme le Pape. La distance géographique n’a pas effacé le lien émotionnel qu’il a tissé avec les personnes qu’il a servies. Les rues conservent encore des traces de sa présence : chapelles construites avec l’aide de la communauté, espaces où l’on entend encore ses enseignements, ou portraits accrochés à côté d’images religieuses.
La sortie de León de Perú survient à un moment où le pays est confronté à une grave crise de sécurité et de pauvreté. Pourtant, il semble que le souvenir du “Pape péruvien” ait créé un moment de trêve émotionnelle. Les nouvelles concernant la violence, le chômage ou la corruption ont, ne serait-ce que pour quelques jours, laissé place à la fierté de voir un homme si proche occuper le rôle de leader spirituel mondial.

