Le 2 octobre 1942, des raids furent organisés dans tout le pays pour rassembler la population juive. Tous les maires ne sont pas satisfaits de cette mission. Parmi eux, Hendrik Wytema, le maire de Beilen, qui refuse que cela soit réalisé. Un document sur son arrestation est maintenant devenu public aux Archives de Drenthe, qui ont encore « célébré » hier la journée d’accès au public.
“C’est une surprise chaque année”, déclare l’archiviste d’État Marieke Doezé. “Il y a aussi des dossiers intéressants cette année, comme celui que nous avons ici.” Doezé explique Dossier 31 du bureau du gouverneur devant elle et l’ouvre. “Le chef de la police qui a dû l’arrêter et le placer en garde à vue a fait un rapport très détaillé à ce sujet.”
Ce chef de la police – une sorte de chef de la police – c’est Nico Viëtor. Il fut également un résistant important à Beilen pendant les années de guerre. Il écrit dans son rapport intitulé Arrestation du maire de Beilen qu’entre le 2 octobre, 18 heures, et le 4 octobre, 14 heures, “une action d’envergure serait menée dans laquelle la police municipale, éventuellement renforcée par la Maréchaussée, serait appelée”.
L’ordre est clair : « Des mesures immédiates doivent être prises pour arrêter toutes les personnes de sang juif encore présentes à Beilen. » Le maire Wytema, écrit Viëtor, n’y voit aucun intérêt. Selon lui, en tant que maire, il n’est pas autorisé à faire exécuter la mission. Un certain P. Wegener, qui est là en quelque sorte comme représentant du commissaire d’État d’Assen avec le chef de la garde Potasch de l’Ordnungspolizei, dit que Wytema pratique le “Juristerei”. Traduit librement : absurdité juridique.
Mais Wytema est implacable : “En tant que maire néerlandais, je ne peux pas assumer la responsabilité de cette action”, comme on peut le lire dans les documents des archives de Drenthe. Wegener et Potasch ordonnent à Viëtor d’arrêter le maire, mais celui-ci déclare à son tour qu’il n’est pas autorisé à arrêter son « chef ».
Le rapport de Viëtor indique que Potasch dit qu’il emmènera avec lui le maire refusant. “Le Maire a alors demandé de dire d’abord au revoir à sa femme et à ses enfants. Cela lui a été catégoriquement refusé (…).” Lorsque Potasch souhaite appeler ses patrons pour discuter de la situation, le maire Wytema est prié de quitter la salle.
Wytema voit son opportunité et s’enfuit. “Il a immédiatement continué son chemin, a attrapé son vélo et s’est dirigé à grande vitesse vers son domicile. M. Wegener a alors dégainé son pistolet et a tiré une fois en direction du maire sans le toucher.”
Potasch saute dans la voiture et parvient à récupérer Wytema peu de temps après. Sa femme pourra venir lui dire au revoir plus tard. Enfin, le chef de la police Viëtor écrit que la mission initiale a toujours été exécutée. “Au total, 36 Juifs ont été emmenés au camp de Westerbork. Une femme s’est avérée être en fuite.”
Le maire Wytema est démis de ses fonctions et doit quitter Drenthe. Il est remplacé par Hendrik Cool, membre du NSB, mais Wytema reprend son poste à Beilen après la guerre.
Les documents relatifs à cet événement spécifique datent déjà de plus de 75 ans, période après laquelle les documents doivent être rendus publics. “La divulgation se fait toujours sur la base d’un dossier et non sur la base des documents qu’il contient. Ce dossier sur le maire a fonctionné de 1936 à 1949”, explique l’archiviste d’État Doezé.
Selon Doezé, ce sont des documents spéciaux. “Le dossier d’un maire porte souvent sur une nomination et une révocation. Ce genre d’histoires ne se retrouve pas dans tous les dossiers. En le lisant, on comprend vraiment là“.
Après les photos, vous pouvez lire quels autres documents spéciaux sont révélés :

