C‘c’est toujours une bonne raison d’en parler les relations et l’amour, le sentiment de sentiments, cette entité mystérieuse et insaisissable qui échappe à toute définition, même ceux enveloppés dans les baisers de Perugina. Les poètes essaient, les musiciens écrivent des chansons sur ce sujet et même les amis, après quelques verres de vin, sont convaincus d’avoir toutes les réponses. Au lieu de cela, l’amour reste là, éthéré et insaisissable comme un mirage dans le désert.

Pour ceux qui souhaitent explorer, sans reculer, la dynamique des relations, voici une liste de des livres conviviaux qui offrent un large aperçu des dynamiques complexes et inévitables.

Aimer est un art : la fortune d’Erich Fromm en deux siècles

En 1957, Erich Fromm publie « L’art d’aimer ». Contrairement au titre, ce n’est pas un roman d’amour mais il représente l’œuvre la plus significative du philosophe et essayiste allemand. Au fil du temps, « L’Art d’aimer » est devenu un essai de référence dédié à ceux qui souhaitent apprendre comment construire des relations paisibles et satisfaisantes, en partant de vous-même et de vos valeurs. Fromm parle de l’amour comme d’une véritable forme d’art qui s’apprend au fur et à mesure et se cultive avec engagement et persévérance, en le déclinant de multiples manières et en développant son potentiel créatif. Apparemment, Fromm semble sous-estimer l’irrationalité typique attribuée à ce sentiment mais, en réalité, il montre une modalité élevée et absolue à atteindre. L’auteur explique qu’aimer ne signifie pas posséder, limiter son partenaire et l’isoler ; au contraire, le véritable amour vous libère et ouvre des perspectives inattendues sur le monde et les relations.

L’art d’aimer d’Erich Fromm, Mondadori, 13,50 euros.

Jules Perrone. Je t’aime, mais attends, je t’expliquerai mieux

Avec son style incomparable, Giulio Perrone revient pour explorer la complexité des relations humaines avec un roman qui se distingue par sa profonde introspection et sa capacité à capturer les nuances de l’amour et de la communication au sein des relations. Le récit se déroule tout au long de la journée des dix vies des personnages confrontés aux non-dits et aux silences. Grâce aux dialogues brillants et authentiques qui reflètent les incertitudes et les espoirs des protagonistes, l’auteur parvient à évoquer un sentiment de vulnérabilité, montrant comment les mots peuvent nous rapprocher ou nous éloigner. Chaque chapitre est un voyage émotionnel où le lecteur est invité à réfléchir sur ses propres expériences et sur les dynamiques qui influencent les liens émotionnels.

Beaucoup de mots, puis l’amour par Giulio Perrone, SEM, 17 €

Maura Gancitano. L’éducation sentimentale n’est pas une censure

Avec un travail qui étudie les dynamiques affectives et leur interaction avec la culture et la société contemporaines, Maura Gancitano, philosophe et co-fondatrice avec Andrea Colamedici du projet Tlon, approfondit les sentiments comme champ d’étude et de réflexion philosophique, ce qui en fait le pivot d’une enquête visant à redéfinir le concept même d’intimité et de relation. L’éducation sentimentale dont parle l’auteur n’est pas un manuel, mais plutôt, elle est comprise comme la capacité de cultiver la dissidence et de saisir les différences. Les relations humaines sont imparfaites, habitées par des erreurs et les relations ont toujours à voir avec le pouvoir de blesser la personne en face de nous et le pouvoir que nous donnons à la personne de pouvoir nous faire du mal. Avec une écriture incisive mais accessible, pleine de références littéraires et philosophiques, l’auteur nous invite à réfléchir sur notre façon de ressentir, d’aimer et de désirer, car l’éducation sentimentale est une pratique personnelle, qui a beaucoup à voir avec le fait de prendre soin de son monde intérieur et de se libérer des conditionnements subis. Chacun de nous, en effet, a une manière différente d’aimer et de percevoir le monde avec une sensibilité originale qui ne doit pas être étouffée au nom d’une idée normale de l’expérience des émotions. Une lecture recommandée pour ceux qui souhaitent aborder le monde des relations de manière consciente et critique.

Érotisme des sentiments de Maura Gancitano, Super ET Opera Viva, 15 €

Mariagloria Fontana. La passion irrépressible

À la veille de son mariage avec Paolo, son petit ami de longue date et avocate à succès, Nora, journaliste de profession, le trompe avec Max, un bel et foutu écrivain au chômage. Leurs rencontres clandestines et passionnées sont rythmées par le sexe ce qui définit, du moins en apparence, leur relation. Le nouveau roman de Mariagloria Fontana interroge les promesses de fidélité et aborde avec astucieuse le thème des relations, des trahisons, de la fragilité des personnes au sein du couple et de la solitude qui s’insinue dans les liens affectifs. Le récit entremêle dimensions intellectuelles et érotiques et les rencontres sexuelles représentent un chemin vers la connaissance de soi et des autres, avec des révélations parfois troublantes, voire destructrices. Les personnages de Mariagloria Fontana mettent à l’épreuve l’idée, soutenue par le protagoniste, selon laquelle ce n’est qu’en s’exposant littéralement et dans la corporéité que l’on peut rencontrer l’âme. L’histoire, qui se déroule entre Naples, Rome et Paris, captive le lecteur jusqu’à une surprenante fin teintée de noir.

Viens du noir, Mariagloria Fontana, Castelvecchi, 17,50 €

François Bégaudeau. L’amour est dans la simplicité des gestes quotidiens

Jacques Moreau définit l’amour qui le lie à Jeanne comme une mystérieuse alchimie, car vivre côte à côte pendant des décennies est quelque chose qui s’apprend jour après jour mais que, en même temps, on ne cesse de comprendre. Jacques et Jeanne, les protagonistes de « L’amour est une chose simple » de François Bégaudeau, publié en Italie chez Salani, sont deux personnes simples et de culture modeste qui se rencontrent, s’aiment et restent ensemble pour la vie. À première vue, leur amour peut paraître banal, mais le caractère exceptionnel d’histoires comme celles-ci, qui parlent de gens ordinaires, tout est dans le charme des anti-héros qui n’ont pas de vies téméraires à raconter. Le roman est sorti en 2023 et s’est immédiatement hissé en tête des charts français.

L’amour est une chose simple de François Bégaudeau, Salani, 15,90 €

Diego De Silva. Un possible vocabulaire humain du détachement

Diego De Silva explore le thème de la fin d’un amour avec délicatesse et ironie. Le protagoniste est Antonio, un homme ordinaire qui, comme beaucoup de protagonistes de De Silva, a une approche philosophique et réfléchie de la vie et des relations. et est capable de représenter universellement les faiblesses et les incertitudes des hommes. A travers ses réflexions, le lecteur est entraîné dans la phase finale d’un mariage entre paradoxes, choix manqués et incapacité à donner un sens à des sentiments fluctuants. Entremêlant profondeur, légèreté et introspection, l’écrivain donne une vision personnelle et originale sur la vie de couple et sur la dynamique qui conduit deux personnes à se séparer, sans jamais perdre de vue l’ironie.

Le générique de fin d’une vie à deux de Diego De Silva, Einaudi, 19 €

Giorgio Montefoschi. L’amour dans la Rome bourgeoise des désirs

Pietro, un écrivain de soixante-six ans, est désormais convaincu que son dernier roman – fruit de deux années de sueur et d’angoisses existentielles – ne devrait pas voir le jour. Même les prières désespérées de Mario, son éditeur historique et ami de toujours, ne peuvent le déloger de cette décision. C’est Sabina, une architecte de dix ans sa cadette et mère d’Annalisa, vingt ans, qui maintient l’équilibre du chaos, avec qui Pietro a noué de bonnes relations. Mais la balance disparaît avec l’arrivée de Paola, une jeune éditrice envoyée par Mario pour guider Pietro sur le chemin de la publication. Son entrée, évidemment, bouleverse tout, la relation avec Sabina, son amitié avec Mario, et sans doute aussi la sérénité de leur quartier. Tout se déroule dans le cadre éternel et incomparable de Rome, avec ses vues à couper le souffle, sa vie palpitante et ce charme suspendu. Avec sa précision poétique, Giorgio Montefoschi nous entraîne dans un monde fait de silences éloquents, de regards non retournés et de rencontres fortuites qui rythment le passage du temps. Une tendresse indicible est un autre petit bijou d’un auteur qui sait capter le lecteur et l’envelopper dans des ambiances bourgeoises pleines de vie.

Une tendresse indicible de Giorgio Montefoschi, Le Navire de Thésée, 20 €

Vivre des relations heureuses… grâce à la science

Pourquoi certaines personnes parviennent-elles à vivre heureuses dans leurs relations, alors que d’autres se retrouvent régulièrement empêtrées dans des relations tourmentées et houleuses ? Créer des liens avec quelqu’un, d’un point de vue affectueux et amical, est un besoin que nous avons tous mais les liens que nous éprouvons ne sont pas toujours satisfaisants et harmonieux. Pour tenter de comprendre les dynamiques qui déterminent le choix des partenaires et des amis, John Bowlby, avec sa théorie de l’attachement, a compris comment les tout premiers contacts avec la figure maternelle jouent un rôle central dans le développement des relations d’un individu, du berceau à la tombe. (Bowlby, 1982). En se référant à cette théorie, les psychothérapeutes Amir Levine et Rachel Heller ont identifié trois styles de comportement relationnel dans lesquels chacun peut se reconnaître, et ils en parlent dans ce livre. Toutes les combinaisons entre les différents profils n’ont pas l’apanage de fonctionner parfaitement, mais il ne faut pas se décourager : forts de leur expérience, les auteurs conseillent ce qu’il faut faire pour mieux se comprendre et trouver un équilibre qui harmonise les besoins et les envies de chacun.

Ensemble. La science des relations de Amir Levine et Rachel Heller, Thé, 2023



ttn-fr-13