


AboRisque sanitaire et désagréments
Genève renforce sa lutte contre le moustique tigreUn anti-larve est distribué gratuitement aux privés. Un dispositif d’alerte est prêt à être activé en cas de risque de transmission de maladies tropicales.
Le moustique tigre est de retour en Suisse.
Getty Images
- Les autorités genevoises distribuent gratuitement un anti-larve biologique aux citoyens contre le moustique tigre.
- Les services cantonaux et communaux ont déjà traité près de 18 000 grilles de canalisation .
- Le risque de transmission de la dengue à Genève est passé de très faible à modéré .
- Un dispositif d’alerte sanitaire surveille les cas de maladies tropicales importées.
«On ne peut plus sortir de la maison sans se faire piquer», «On n’utilise plus notre jardin», «On s’asperge en continu d’antimoustique…»: l’été passé, de nombreux habitants de Plan-les-Ouates, Meyrin, Thônex ou encore Lancy ont été incommodés par les piqûres de moustiques tigres.
L’inspecteur cantonal de la faune, Gottlieb Dandliker , confiait même en septembre que son service était «submergé d’appels au secours». Le retour des beaux jours sonne le réveil de cette espèce invasive. À la gêne occasionnée s’ajoute le risque d’émergence de maladies exotiques . Alors que l’indésirable élargit toujours plus son territoire, les autorités cantonales proposent cette année aux privés une nouvelle arme: un anti-larve biologique sélectif.
Ce moyen d’action contient un principe actif appelé BTI intégrant des bactéries spécifiques qui ciblent uniquement les larves de ce moustique qui aime les zones urbaines – pour cet insecte exotique, nos espaces naturels comportent trop de prédateurs. Le canton et une quinzaine de communes utilisent déjà un produit similaire pour traiter les bouches d’égouts du domaine public. Près de 18 000 grilles de canalisation ont été traitées ces dernières semaines; 14 000 l’ont été en 2024.
Limiter les sites larvaires privés
En parallèle, les citoyens ont aussi un rôle à jouer dans cette lutte. «Une implication indispensable même, puisqu’on estime qu’il y a autant de sites de ponte chez les privés que sur le domaine public», rappelle l’inspecteur de la faune. Une version adaptée de l’anti-larve en granulés est désormais proposée gratuitement aux particuliers via un guichet public tous les vendredis après-midi à l’Office cantonal de la nature, ainsi que dans certaines communes.
L’an passé, l’inspecteur cantonal de la faune a formé du personnel communal pour traiter les canalisations et neutraliser les sites de ponte.
STEEVE IUNCKER GOMEZ
Rien ne sert toutefois d’en recouvrir son jardin préventivement, en l’absence du concerné cela ne sert à rien. Gottlieb Dandliker met également en garde contre l’utilisation d’insecticides, dommageables pour toutes les espèces – en particulier les prédateurs du moustique tigre. «Une seule solution est réellement efficace», martèle-t-il: empêcher la reproduction en neutralisant les petites accumulations d’eau dans les habitats (soucoupes, fonds d’arrosoir, etc.), ou en les traitant (canalisations stagnantes).
Relâcher des mâles stériles?
Pourquoi ne pas miser sur la technique de l’insecte stérile, qui consiste à irradier des moustiques tigre mâles avant de les relâcher pour mettre en péril la ponte? Une stratégie qu’expérimente par ailleurs le Tessin, premier canton touché en 2004. «La lutte biologique est un angle d’attaque très intéressant que nous suivons de près, mais ce n’est pas la panacée. Il faut d’abord limiter le nombre global sinon les mâles stériles seront trop minoritaires et leur effet sera anecdotique.»
Le spécialiste relève aussi que cette stratégie présente plusieurs bémols: il faut réussir à rendre le nuisible stérile sans trop l’affaiblir sinon aucune femelle ne voudra de lui. Reste encore la question de l’approvisionnement en spécimens modifiés – le Tessin envisage de construire un centre de production – et de la prise en charge de ces coûts.
Vecteur de maladies exotiques
Si tant d’efforts de lutte sont déployés, ce n’est pas seulement pour limiter l’inconfort des citoyens. Vecteur principal de maladies exotiques telles que la dengue, le chikungunya ou le zika, la prolifération du moustique tigre est devenue une préoccupation de santé publique. S’il pique une personne récemment infectée à l’étranger, il peut potentiellement transmettre la maladie à d’autres. Aucun cas de telle transmission autochtone n’a encore été détecté en Suisse. Mais le risque ne cesse d’augmenter et des pays limitrophes, comme la France, connaissent déjà de telles situations.
Distribution du produit anti-moustique tigre aux communes touchées et à la formation de leur personnel communal.
STEEVE IUNCKER GOMEZ
Depuis mai, la région Auvergne-Rhône-Alpes est d’ailleurs confrontée à «une recrudescence sans précédent de virus tropicaux importés». À Genève, l’an passé, 50 cas rapportés de dengue ont été identifiés, contre 27 en 2023. Seule une vingtaine étaient considérées à risque, car intervenant lors de la période d’activité du moustique de mai à octobre, souligne Alessandro Cassini, médecin cantonal.
Dans le canton, le risque de transmission de cette maladie est désormais considéré comme faible à modéré – contre «très faible» l’an dernier. «Ce risque a augmenté en raison de la présence et de la densité du moustique tigre, en augmentation, ainsi que le nombre global de personnes infectées.»
Un seul cas de chikungunya a été détecté fin 2024, et deux cas certains ont été rapportés cette année. «Une augmentation des cas importés est toutefois attendue en raison de l’épidémie qui circule actuellement à Mayotte et à la Réunion », relève le médecin cantonal. Pour le zika, un seul cas a été rapporté en 2024 et aucun depuis le début de l’année.
Dispositif d’alerte sanitaire
Depuis l’été 2024, lorsqu’un cas de CDZ (chikungunya-dengue-zika) est identifié, chaque malade est contacté par le Service du médecin cantonal et une évaluation du risque de transmission locale est réalisée.
Une opération de démoustication ciblée dans l’environnement du malade pourrait être activée si un risque de transmission locale est avéré; cela ne s’est pas encore produit à Genève.
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