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Membre de l’Académie française, l’historien Pierre Nora est mort ce lundi 2 juin, à 93 ans.

CULTURE – Il aimait dire qu’il avait édité plus de  mille livres . Membre de l’Académie française, l’historien  Pierre Nora  est mort, ce lundi 2 juin, à  93 ans . Celui qui a été le maître d’œuvre du monumental ouvrage *Lieux de mémoire* a édité des grands noms, tels que Michel Foucault ou  Hannah Arendt , comme le souligne Le Nouvel Obs.

« Anne Sinclair, Nora a la douleur d’annoncer le décès de son époux Pierre Nora survenu le 2 juin 2025 », a indiqué la famille dans un communiqué transmis par le neveu de l’historien,  Olivier Nora .

Pilier de  Gallimard  et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales ( Ehess ), ce lauréat du  Grand prix national d’histoire  1993 a été élu à l’Académie française en 2001.

Le président  Emmanuel Macron  a rendu hommage sur son compte X (ex-Twitter) à un « éditeur des voix du courage, historien de notre imaginaire ». Tandis que la ministre de la Culture,  Rachida Dati , a souligné son œuvre immense qui « continuera longtemps d’irriguer notre manière de penser l’Histoire ».

Historien de la « mémoire nationale »

Pierre Nora, qui partagea sur le tard la vie de la journaliste  Anne Sinclair , a aussi été fondateur et directeur de la revue *Le Débat* et membre fondateur de l’influente  fondation Saint-Simon , groupe dissous en 1999 visant à réconcilier le monde économique et social et les milieux politiques.

En  1984 , paraît *La République*, premier des trois tomes des *Lieux de mémoire*, expression entrée, depuis, dans le  langage courant . Suivront *La nation* en 1986 et *Les France*, qu’elles soient politiques, sociales ou religieuses, en  1992 . Au total,  4 760 pages  rédigées par une centaine d’historiens, les meilleurs dans leur domaine, tels que  Georges Duby ,  Emmanuel Le Roy Ladurie  ou  Marc Fumaroli , ayant profondément transformé le paysage intellectuel français.

« J’ai voulu étudier la mémoire nationale et, plutôt que de faire des généralités, il m’a paru plus excitant d’étudier les lieux (emblèmes, symboles, musées, archives, institutions, etc.) où elle s’est condensée et exprimée », expliquait-il en  1984 .

« Cela n’avait pas été fait ou était épars. Rien, ou pas grand-chose, sur la Marseillaise, sur les mairies, sur les monuments aux morts… Il y avait un manque, une sorte de point aveugle d’une histoire qui ne s’était pas regardée elle-même », ajoutait-il.

Pierre Nora a fait surgir un « nouvel objet d’histoire », a résumé l’historien  René Rémond , à propos de cette somme qui traite du  Panthéon , du  Tour de France , du  Code civil , de l’encyclopédie  Larousse , des funérailles de  Victor Hugo , de  Khâgne , de la forêt ou encore de la vigne. Pour la première fois, le phénomène  commémoratif  était traité en profondeur.

« Penser la nation sans nationalisme »

Né le  17 novembre 1931  à Paris, Pierre Nora est issu d’une famille de la grande bourgeoisie juive parisienne. Agrégé d’histoire en  1958 , il part en pleine guerre d’Algérie enseigner à  Oran , d’où il ramène en  1960  un essai de psychologie collective *Les Français d’Algérie*.

Dès  1966 , il dirige chez  Gallimard  le département d’histoire et de sciences humaines où il crée successivement les collections *« Bibliothèque des sciences humaines »*, *« Témoins »* et *« Bibliothèque des histoires »*. Il y restera  57 ans  dont il a voulu laisser trace dans *« Une étrange obstination »* ( 2022 ).

En  1971 , il dirige avec  Jacques Le Goff  la publication de *Faire l’histoire*, une enquête en trois volumes sur la civilisation dans ses manifestations les plus quotidiennes (la cuisine), les plus intimes (le corps), individuelles ou collectives (la fête), façonnées par l’évolution des techniques, des mœurs ou de l’environnement.

De  1974  à  1980 , il publie en sept volumes, co-dirigés avec  Jacques Ozouf , l’érudite édition critique du journal de  Vincent Auriol  (*Journal d’un septennat*). Par la suite, il se consacre à l’élaboration des *Lieux de mémoire*.

Président de l’association « Liberté pour l’histoire »

Cet intellectuel que *L’Express* qualifia de « déchiffreur de l’identité française », qui affirmait qu’il fallait « penser la nation sans nationalisme » et qui passait pour dédaigner le pouvoir, intervenait fréquemment sur les sujets les plus sensibles de l’Histoire de la France contemporaine, depuis la guerre d’Algérie.

Il devint en  2007  président de l’association *« Liberté pour l’histoire »*, qui défend la  liberté d’expression  des historiens contre les interventions politiques. « Ce n’est pas au juge ni au législateur de dire l’Histoire », affirmait-il.

Pierre Nora, qui a été marié à l’historienne de l’art et conservatrice de musée  Françoise Cachin , décédée en  2011 , était le frère de  Simon Nora , mort en  2006 , haut-fonctionnaire et ancien directeur de l’ENA.

Dans *Jeunesse*, une  autobiographie  publiée en  2021 , l’académicien dressait un catalogue de ses *« échecs »* qu’il jugeait providentiels, à l’intention d’ Elphège , son fils unique, biologiste, qu’il n’a pas élevé.



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