Le contraste a de quoi surprendre. Le week-end, les téléspectateurs de France 3 Bourgogne la découvrent souriante, parfaitement coiffée, à présenter le journal. Quand elle n’est pas à l’antenne ou sur le terrain, elle retrouve la nature et explore les grottes. Elle rampe dans un boyau étroit, casque vissé sur la tête, combinaison maculée d’argile, s’enfonçant dans une cavité obscure où seul le faisceau de sa lampe frontale perce le noir absolu.

Lisa Guyenne est journaliste. À 30 ans, elle vit depuis deux ans une double vie. Passionnée de spéléologie, elle consacre une partie de ses semaines à explorer les entrailles calcaires de la Bourgogne-Franche-Comté, parfois lors de plusieurs sorties par mois. « J’ai commencé en mai 2023. Un pote postait tout le temps des photos et vidéos de ses explorations. Ça m’a fascinée, alors j’ai contacté un club local », raconte-t-elle. Depuis, elle n’a jamais décroché, dans les deux sens du terme.

Comme un déclic

« Au début, je me suis dit : bon, c’est sympa, mais c’est quand même froid, humide, on est couverts de boue, on s’use les genoux… » sourit-elle. « Et puis un jour, ça a tilté. J’ai voulu y retourner, encore et encore. » Ce déclic, c’est peut-être le sentiment d’être là où peu de gens osent aller. La spéléologie, ce n’est pas simplement marcher sous terre. C’est ramper, se contorsionner, escalader dans l’obscurité, progresser corde après corde à travers des réseaux parfois longs de plusieurs kilomètres et vastes comme des cathédrales, parfois étroits comme un conduit de cheminée.

Lisa fait partie du Spéléo-Club de Dijon. Elle s’illustre autant par son enthousiasme que par son assiduité : depuis deux ans, elle a inscrit pas moins de 80 sorties sur son carnet. Elle connaît désormais les grandes « classiques » de la Côte-d’Or, ces cavités bien connues et fréquentées par les spéléologues. Mais ce qu’elle préfère, ce sont les recoins oubliés : « Il y a plein de grottes qu’on ne visite plus. Certaines ont été explorées il y a 50 ans, puis laissées à l’abandon. On s’amuse à les retrouver, parfois à désobstruer des trémies, ces éboulements qu’il faut franchir pour continuer. »

Les images qu’elle partage sur Instagram tranchent avec la routine urbaine : on y voit des corps comprimés dans des tunnels terreux, des stalactites blanches comme de la porcelaine ou encore d’immenses colonnes minérales illuminées par des frontales. « Quand je publie une vidéo où l’on rampe dans une étroiture, les gens réagissent beaucoup : ‘Comment tu fais ? C’est horrible !’ » rit-elle. « Nous, on s’amuse ! »

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Un monde figé dans le temps

L’exploration n’a rien de touristique. « On ne laisse rien derrière nous, à part nos traces de pas », insiste Lisa. « Ce sont des milieux hyper fragiles. Une goutte d’eau qui tombe au même endroit pendant des milliers d’années peut former une stalagmite. Le moindre contact humain peut briser ça. » Certaines formations défient même les lois de la gravité, s’étirant dans des directions improbables. « Et sous terre, tout est figé. Une empreinte de chaussure posée là aujourd’hui sera encore visible dans dix ans. »

« On ne laisse rien derrière nous, à part nos traces de pas », insiste Lisa Guyenne (©Lise Guyenne)

Les grottes sont creusées par l’eau, qui dissout le calcaire au fil des siècles. Certaines galeries sont encore actives, d’autres sont dites fossiles : « Sous Plombières-lès-Dijon, il y a un réseau de plus de 20 kilomètres. Tu peux y marcher sans plonger, mais certains passages sont très compliqués. » D’autres nécessitent vraiment toute une logistique pour progresser de façon sécurisée. « Ce qui me plaît, c’est qu’on apprend en permanence. Il y a une vraie technique à maîtriser, mais tu n’as pas besoin d’être ultra musclé. C’est aussi un sport de tête. »

Une pratique encore masculine

Sur la cinquantaine de participants à l’assemblée régionale récente, seules une poignée étaient des femmes. « C’est encore un milieu très masculin, même si dans mon club, on est plusieurs filles. Et j’ai eu la chance de commencer avec Isa qui est une spéléologue chevronnée. Elle m’a formée. Grâce à elle, je ne me suis jamais demandé si j’étais à ma place. Et mes collègues de spéléo sont vraiment sympas, il y a une très bonne entente. »

La solidarité est de mise. Une règle prévaut : ne jamais descendre seul. « On prévient toujours quelqu’un à la surface. En cas de problème, c’est cette personne qui déclenche les secours. Et un secours spéléo, c’est lourd : il faut faire descendre les sauveteurs, poser des cordes, parfois évacuer un blessé en brancard. »

Loin du maquillage et de la tenue télé impeccables, Lisa Guyenne a « eu la chance de commencer la spéléo avec Isa qui est une spéléologue chevronnée » (©Lisa Guyenne)

Une passion contagieuse

Aujourd’hui, Lisa a même réussi à convaincre certains de ses proches d’essayer. « Une amie claustro m’a toujours dit qu’elle ne descendrait jamais. Et finalement, elle est venue, elle a râlé dans les rampings… mais elle a trouvé ça superbe. »

La spéléologie est, selon elle, une passion complète. « Il y a l’effort physique, l’apprentissage technique, le respect de la nature… Et surtout cette impression d’accéder à un monde caché. Ce qu’on voit là-dessous est inouï. C’est un privilège. »

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