
Depuis plusieurs années, les centres de transfusion du monde entier tirent la sonnette d’alarme concernant la pénurie de sang . En France, par exemple, l’Établissement français du sang (EFS) estime qu’il faut environ 10 000 dons par jour pour répondre aux besoins nationaux. Cependant, depuis la pandémie de Covid-19 , les dons de sang ont chuté, atteignant des niveaux critiques à plusieurs reprises.
Cette situation n’est pas prête de s’arranger. La population vieillit , augmentant ainsi les besoins en transfusions , tout en réduisant le nombre de donneurs potentiels. Résultat ? Des tensions récurrentes sur les stocks . C’est dans ce contexte que le Japon explore une voie révolutionnaire : la fabrication de sang humain artificiel . Ce pays est à la pointe de l’innovation médicale, avec deux équipes de chercheurs qui mènent actuellement des travaux de pointe sur le sang artificiel, chacune avec sa méthode unique.
Du sang fabriqué en labo : science-fiction ou réalité scientifique ?
À Nara, des “vésicules d’hémoglobine” prometteuses
Le professeur Hiromi Sakai , de l’Université de Nara, a conçu un sang de synthèse en encapsulant de l’hémoglobine humaine (récupérée de poches inutilisables pour la transfusion) dans une membrane artificielle. Ce produit, nommé “ vésicule d’hémoglobine ”, est capable de transporter l’oxygène dans l’organisme de la même manière que le sang naturel, et est compatible avec tous les groupes sanguins.
Les premiers essais cliniques ont commencé en mars 2025 sur une dizaine de volontaires sains. Selon un rapport publié dans JIM.fr, jusqu’à présent, aucun effet secondaire grave n’a été observé. Cela soulève l’espoir pour l’avenir du don de sang .
À Tokyo, une autre méthode voit rouge… ou violet
À l’Université Chuo de Tokyo , le professeur Teruyuki Komatsu développe une version alternative de sang artificiel. Son équipe encapsule l’hémoglobine dans des molécules d’albumine (une protéine du plasma), ce qui améliore la stabilité et la tolérance de la solution.
De façon surprenante, le produit final est de couleur violette , mais il assure tout de même le transport de l’oxygène et le maintien de la pression artérielle chez des animaux de laboratoire. Cette innovation pourrait révolutionner le domaine des transfusions sanguines.
Alors, bientôt un sang artificiel universel ?
Ce n’est pas pour demain, mais c’est en bon chemin
Un des principaux objectifs des chercheurs est de créer un produit compatible avec tous les groupes sanguins , y compris en situation d’urgence. Cela éliminerait la nécessité de tests de compatibilité, réduisant le risque d’erreurs de transfusion.
Un autre avantage majeur : le sang de synthèse peut se conserver jusqu’à 2 ans à température ambiante, voire 5 ans s’il est congelé. Cela serait un atout majeur, surtout lorsque l’on sait que le sang humain n’a qu’une durée de vie de six semaines . De telles avancées ouvrent des perspectives incroyables dans des situations de crise, comme des zones de guerre ou des catastrophes naturelles.
Mais alors, pourquoi n’est-il pas encore utilisé ?
Tout simplement parce que les projets sont encore en phase de test. Avant d’être autorisé à grande échelle, le sang artificiel devra prouver son efficacité, sa sécurité, et sa reproductibilité. Les chercheurs doivent aussi s’assurer qu’il ne déclenche pas de réactions immunitaires ni d’effets secondaires à long terme. Si tout se passe bien, un déploiement pourrait être espéré d’ici 2030 . Cela pourrait bien changer la donne dans le domaine médical.
Dans un monde confronté à des crises sanitaires, des catastrophes naturelles, et à un vieillissement global de la population, disposer d’un substitut au sang humain, produit en laboratoire et sans contraintes, représenterait une avancée médicale majeure .
À SAVOIR
Selon l’Établissement français du sang, les globules rouges issus de dons humains ne se conservent que 42 jours en moyenne, tandis que les plaquettes ne se conservent que 5 jours. Cette durée de vie très courte complique la gestion des stocks et accentue la dépendance aux dons réguliers.

