Son « plus grand rêve » devient enfin « réalité ». Taylor Swift a annoncé ce vendredi avoir acheté les droits de ses six premiers albums. Pour la superstar de la pop américaine, c’est l’épilogue d’une longue bataille sur la propriété de son œuvre, qu’elle a fini par remporter.

« Toute la musique que j’ai faite m’appartient désormais. Tous mes vidéoclips. Tous les films de mes concerts. Le design et les photos des albums. Les chansons non publiées. La mémoire, la magie, la folie. Chaque ère. L’ensemble du travail de ma vie », s’est réjoui la chanteuse sur son site.

Pour saisir les dessous de cette brouille plus économique que musicale, il faut remonter aux prémices de sa carrière. En 2006, à seulement 16 ans, la native de Pennsylvanie sort son premier album, un projet country intitulé « Taylor Swift ». Son deuxième, « Fearless », paru en 2008, devient l’album le plus vendu des États-Unis en 2009.

« Speak Now », « Red », « 1989 », et « Reputation » (paru en 2017) continueront d’installer encore plus durablement dans le paysage musical américain l’artiste qui se tourne désormais vers des sonorités plus pop.

Vente des « masters »

Problème : les droit des six premiers albums, une mine d’or, ne sont pas détenus par Taylor elle-même, mais par le label Big Machine Records, avec qui elle a signé adolescente. Un type d’arrangement courant dans l’industrie musicale de l’époque. Les « masters », ces enregistrements originaux tant convoités, représentent l’une des principales sources de revenus des artistes qui en possèdent les droits.

En 2019, alors que Taylor Swift vient de signer avec Republic Records (où elle détiendra cette fois-ci les droits des masters de ses albums suivants), le magnat de l’industrie musicale Scooter Braun achète le label Big Machine pour 300 millions de dollars, selon la presse. Ce dernier, manager de Justin Bieber, prend alors la majorité des enregistrements des tubes de Taylor Swift, laissant l’artiste se sentir « dépouillée » de son travail.

Moins d’un an après, le manager, qui a également été accusé de harcèlement moral par Taylor, revend pour environ 300 millions de dollars les droits à Shamrock Capital, une société d’investissement basée à Los Angeles. La vedette de la pop est furieuse, car elle estime que Braun continue de profiter de sa musique après cette vente, et c’est à ce moment qu’elle passe à l’offensive, engageant une stratégie sans précédent dans l’industrie.

« Taylor’s Version »

Armée de conseillers juridiques compétents, l’artiste capte une faille dans le système musical, un détail qui fera date. En effet, un propriétaire ne peut détenir les droits que sur les « masters » des albums, c’est-à-dire les enregistrements originaux. Plutôt que de se limiter à ces enregistrements, pourquoi ne pas réenregistrer de nouvelles versions?

L’icône américaine, qui a écrit ou coécrit l’essentiel de son catalogue, et conserve donc les droits d’auteur sur les paroles, se lance alors dans le réenregistrement de quatre de ses premiers albums, ajoutant le label « Taylor’s Version ». Ces rééditions rencontrent un immense succès commercial, souvent en tête des charts dès leur sortie, grâce à massives campagnes de promotion menées par ses adeptes : les « Swifties ».

Ce mouvement a également sensibilisé le public aux questions de propriété des masters dans l’industrie musicale. Taylor Swift, qui avait déjà pris position contre les plateformes de streaming, devient un symbole pour les artistes luttant pour leurs droits et leur autonomie dans leur carrière.

Avec l’émergence des abonnements aux plateformes de streaming, le marché global de la musique enregistrée a atteint un chiffre d’affaires record de 29,6 milliards de dollars en 2024, marquant ainsi une dixième année consécutive de croissance. Taylor Swift, la seule chanteuse milliardaire uniquement grâce à la musique, contribue largement à cette réussite.

« Tout ce que j’ai toujours voulu était d’avoir l’opportunité de travailler assez fort pour un jour être en mesure de racheter les droits de ma musique, et ce, sans contrainte, en toute autonomie », a-t-elle déclaré. Non rancunière, elle a remercié Shamrock Capital de lui avoir permis de racheter les droits de ses premiers albums, sans dévoiler le montant de la transaction.



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